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LIVRE XXVIII.

Octob. 1807.

L’archichan-

celier

Cambacérèsprivé de touteconfidenceau sujetde l’Espagne.

s’évanouir, la conversation renaître, et sinon la confiance, dumoins l’abandon se rétablir. Il en avait profité, et n’avait cesséd’ajouter, au tableau déjà si hideux de la cour d’Espagne, descouleurs dont ce tableau n’avait pas besoin pour offenser lesyeux de Napoléon. A propos du Portugal, il avait paru fortd’avis que descendre sur l’Èbre, s’y établir, en compensationde la cession faite à l’Espagne des bords du Tage, était uneposition d’attente, utile et bonne à prendre. Napoléon n’incli-nait pas vers ce projet, et en préférait un autre. Mais M. deTalleyrand n’en était pas moins devenu son plus intime con-fident, après avoir été accueilli pendant deux mois avec unefroideur extrême. On voyait sans cesse Napoléon, dès qu’ilrevenait de la chasse, ou qu’il quittait le cercle des femmes,on le voyait en tête-à-tête avec M. de Talleyrand, parler lon-guement, avec feu, quelquefois avec une sombre préoccupa-tion, d’un sujet évidemment grave, qu’on ignorait, qu’on nes’expliquait même pas, tant l’Empire semblait puissant, pros-père et pacifié depuis Tilsit ! Napoléon, se promenant dansles vastes galeries de Fontainebleau, tantôt avec lenteur, tan-tôt avec une vitesse proportionnée à celle de ses pensées,mettait à la torture le courtisan infirme, qui ne pouvait lesuivre qu’en immolant son corps, comme il immolait son àmeà flatter les funestes et déplorables entraînements du génie.Un seul homme, privé pour la première fois de la confiancedont il avait joui, l’archichancelier Cambacérès, pénétrait lesujet de ces entretiens, n’osait malheureusement ni les inter-rompre , ni opposer ses assiduités à celles de M. de Talley-rand ; car avec le temps Napoléon, devenu pour lui plus im-périeux sans être moins amical, était moins accessible auxconseils de sa timide sagesse. Quelques mots échappés àl’archichancelier Cambacérès avaient suffi pour déceler l’op-position de cet homme d’État clairvoyant à toute nouvelleentreprise, et particulièrement à toute immixtion dans lesaffaires inextricables de la Péninsule, où des gouvernements