202
LIVRE XXVIII.
Octob 1807.
Vueuxde la courde Madrid àl'egard
du l’urtugaf.
des affaires de finances de la cour de Madrid, et depuis de-venu marquis d’Almenara et ambassadeur à Constantinople.M. Yzquierdo avait cultivé cette précieuse relation, et cher-chait à travers la droiture et la discrétion du grand maréchalDuroc, soit à découvrir les desseins de Napoléon, soit à luifaire parvenir des paroles utiles. Il n’avait pas manqué, à l’oc-casion du Portugal, de paraître plus souvent à Fontainebleau,pour tâcher d’obtenir le résultat le plus avantageux à l’Es-pagne et à son protecteur.
La cour de Madrid, bien qu’elle sentit tous ses désirs seréveiller à l’idée d’une opération sur le Portugal, ne voyaitpas néanmoins sans quelque chagrin la maison de Bragaucepoussée vers le Brésil, car elle-même éprouvait de grandesinquiétudes pour ses colonies d’Amérique depuis que lesÉtats-Unis avaient secoué le joug de l’Angleterre. L’établisse-ment d’un État européen et indépendant au Brésil lui faisaitcraindre une nouvelle commotion qui conduirait le Mexique,le Pérou, les provinces de la Plata, à se constituer égalementen États libres, et dans les moments oü la prévoyance l’em-portait chez elle sur l’avidité, elle aurait mieux aimé voir lesBragance rester à Lisbonne, que de voir naître par leur dé-part des chances d’acquérir le Portugal. Cependant il n’étaitpas probable que les Bragance, sauvés une première fois en1802 par l’Espagne, ce qui avait coûté à celle-ci l’île de laTrinité, pussent l’être encore une fois en 1807. Il fallait doncse résigner à ce qu’ils fussent, de gré ou do force, reléguésau Brésil. Dans cette situation, la cour de Madrid n’avait pasmieux à faire que de chercher à acquérir le Portugal. Maiselle sentait bien qu’elle avait peu mérité de Napoléon une siriche récompense; elle se doutait qu’il faudrait l’acheter pardes sacrifices, peut-être même consentir à ce qu’il fût divisé;et pour ce cas M. Yzquierdo avait une mission secondaire,c’était d’obtenir l’une des provinces du Portugal pour son pro-tecteur, le prince de la Paix. Celui-ci voyant de jour en jour