FONTAINEBLEAU.
253
le peuple espagnol, résolu à ne trouver de torts qu’au favoriet à la reine, ne voulut voir dans la conduite du prince qu’unesuite de l’oppression sous laquelle il gémissait; dans ses dé-clarations, que des aveux ou supposés ou extorqués, et con-tinua de l’aimer avec idolâtrie, de lui prêter toutes les vertusimaginables, de demander à Napoléon un mouvement de sonbras puissant vers l’Espagne. Sur-le-champ Napoléon devintle dieu tutélaire, invoqué de tous les côtés, et par toutes lesvoix. C’est le seul moment peut-être où le peuple espagnolait admiré avec transport un héros qui ne fût pas Espagnol,et fait appel à une influence étrangère.
De même qu’on avait mandé à Napoléon la mise en accusa-tion du prince des Asturies, on lui manda aussi le pardon ac-cordé à ce prince. 11 fut surpris de l’un autant que de l’autre,mais il vit clairement que ce drame, qui eût été sanglant dansun autre siècle, qui n’était que repoussant dans le nôtre, al-lait se ralentir, pour reprendre ultérieurement son cours, etn’aboutir que plus tard à sa conclusion. Quoique la démarchedu prince des Asturies l’eût disposé favorablement, il ne sa-vait s’il fallait se fier à un tel caractère, s’il n’y avait pas danssa faiblesse et dans ses passions des raisons de voir en lui ouun allié impuissant, ou un ennemi perfide. Lui donner uneprincesse de la maison Bonaparte, solution en apparence laplus facile, n’était donc pas un parti très-sûr. D’ailleurs l’his-toire présentait des exemples peu encourageants à l’égard desprincesses chargées de nous attacher l’Espagne par des ma-riages. Faire régner encore CharlesIY, le prince de la Paix,la reine, ne semblait pas non plus une solution qui offrit beau-coup de durée, tant à cause de la santé du roi, que de l’in-dignation de l’Espagne prête à éclater. Changer la dynastieparaissait donc le parti le plus simple. Mais restait toujoursdans ce cas le danger de froisser le sentiment d’une grandenation, et surtout le sentiment de l’Europe, tout prétexte man-quant pour détrôner des princes qui, divisés entre eux, n’é-
Nov. 1807.
Napoléonajournede nouveauses projetsen voyantla marche (lesévénementsse ralentir enEspagne.