ARANJUEZ.
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put distribuer deux onces de pain par homme. On manqua de Wov - îan.viande, mais on eut du riz, des légumes et du vin. Les sol-dats étaient pâles, défigurés, et presque tous pieds nus.S’arrêter, c’eût été s’exposer à mourir de faim, sans compterl’inconvénient de perdre un temps précieux. On repartit doncdans l’espoir d’atteindre Àbrantès, ville riche et peuplée, si-tuée hors de la région des montagnes, dans un pays ouvertet fertile. On y marcha sur deux colonnes, l’une formée de lapremière division par Sobreira-Formosa, l’autre formée de ladeuxième division par Perdigao. La première avait quatorzelieues à parcourir, quatre ou cinq torrents à traverser. Lapluie les avait tellement grossis qu’on ne pouvait les franchirsans danger. Les soldats faisaient la chaîne avec leurs fusilspour se défendre contre la violence des eaux. Quelques-unsdébiles ou exténués étaient parfois entraînés. Les officiers,pleins de dévouement, voulant donner aux plus forts l’exemplede secourir les plus faibles, prenaient eux-mêmes sur leursépaules les soldats incapables de passer, et les aidaient ainsià franchir les torrents. Sur la route on trouva un seul village,celui de Sarcedas, et les soldats mourant de faim le pillèrent,malgré les efforts du général en chef pour les en empêcher.
Le soir on n’arriva à Sobreira-Formosa qu’à onze heures,dans un véritable état de désespoir. Pendant la premièreheure, il n’y eut qu’un sixième des hommes réunis. On trouvades châtaignes, quelque bétail, et on en vécut. La deuxièmedivision, pour se rendre à Perdigao, avait essuyé de son côtéde cruelles souffrances.
Le reste de la route jusqu’à Abrantès était moins affreuxpar les aspérités du sol, mais tout autant par la stérilité et ledénûment. Enfin, après des fatigues et des privations inouïes,on arriva le 24 à Abrantès au nombre de quatre à cinq millehommes, pâles, défaits, les pieds en sang, lés vêtements dé-chirés, et avec des fusils hors de service, car les soldats enavaient fait des bâtons pour s’aider à passer les torrents, ou