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LIVRE XXIX.
Nov. 1807.
Profondesinquiétudesde la cour.
eux-mêmes, et ceux-ci, croyant que le représentant delàFrance avait ordre d’être tel qu’il se montrait, se prenaientpour Napoléon et les Français d’un enthousiasme croissant, aupoint que nos troupes, au lieu d’être pour le peuple le plusdéfiant de la terre un sujet d’alarme, étaient au contraire de-venues pour lui un sujet d’espérance.
Vainement quelques esprits plus avisés se disaient-ils quepour renverser un favori abhorré de la nation espagnole il nefaudrait pas tant de soldats, qu’il suffirait pour le précipiterdans le néant d’un signe de tête du tout-puissant empereurdes Français; que ces troupes qui s’accumulaient étaient peut-être les instruments longuement préparés d’une résolution plusgrave, tendant à exclure les Bourbons de tous les trônes de l’Eu-rope; vainement quelques esprits plus clairvoyants faisaient-ils ces remarques : elles ne se propageaient pas, parce qu’ellesétaient contraires à la passion qui possédait tous les cœurs.
La crainte, inspirant mieux la reine et le favori, leur ouvraitles yeux sur leur propre danger. Ils sentaient tous les deux,et la reine avec plus de vivacité que son amant, quel méprisils devaient inspirer au grand homme qui dominait l’Europe.Ils sentaient à quel point leur lâche incapacité était au-dessousde ses grands desseins, et le voile dont il couvrait ses inten-tions ajoutait encore à leurs pressentiments la terreur qui naîtde l’obscurité. Bien que Napoléon eût signé le traité de Fon-tainebleau, que par ce traité il eût reconnu Emmanuel Godoyprince souverain des Algarves, ils n’étaient l’un et l’autre quemédiocrement rassurés. D’abord Junot venait de s’emparer del’administration entière du Portugal, sans en excepter les pro-vinces occupées par les troupes espagnoles. Ensuite Napoléonavait voulu que le traité de Fontainebleau continuât à restersecret. Pourquoi ce secret, lorsque le Portugal se trouvait aupouvoir des troupes alliées, que la maison de Bragance étaitpartie, et avait en quelque sorte par son départ laissé le trônevacant? A ces questions inquiétantes venaient s’ajouter les