ARANJUEZ.
281
Chaque soir le prince de la Paix allait, comme nous l’avons N° v - l80T -dit, chez les demoiselles Tudo épancher les douleurs de sonâme, fort souffrante quoique légère. Dans cette maison où lescurieux venaient chercher des nouvelles, on avait conçu ettémoigné une grande joie du traité de Fontainebleau, joiebientôt empoisonnée par l’ordre reçu de Paris de tenir letraité secret, par l’entrée continuelle des troupes françaises,par les lettres de l’agent Yzquierdo. Comme le public se plai-sait à recueillir tout ce qui était défavorable au prince de laPaix, ses affidés tâchaient d’opposer au torrent des mauvaisesnouvelles un torrent contraire, citant avec exagération tousles signes de faveur obtenus de la cour des Tuileries. Ainsi,malgré l’ordre de tenir secret le traité de Fontainebleau, on• en avait raconté toutes les particularités chez les demoisellesTudo, et on l’avait fait avec le plus grand détail. On avait ditque le nord du Portugal était donné à la reine d’Étrurie, lemidi au prince de la Paix, constitué prince souverain des Al-garves, et le milieu réservé pour en disposer plus tard. Onmotivait ainsi la présence des armées françaises ; et quant àleur nombre, fort supérieur à ce qu’une simple occupation duPortugal aurait exigé, on l’expliquait par les grands projetsde Napoléon sur Gibraltar. Afin de prévenir le fâcheux effetque devait produire l’entrée des autres corps prochainementattendus, on disait que l’armée française serait au moins dequatre-vingt mille hommes, que le prince de la Paix la com-manderait en personne, que par conséquent il n’y avait pasà s’en alarmer. Quant au procès contre les complices du princedes Asturies, qui indignait tout le monde, et que Napoléon,disait-on, ne laisserait pas achever, les amis du princede la Paix répondaient que la cour avait des nouvellesde Paris , que Napoléon avait déclaré l’affaire de l’Escu-rial une affaire étrangère à la France, et qu’il approuvaitfort la punition d’intrigants qui avaient voulu ébranler letrône.