ARANJUEZ.
285
s’éveillait sous l’aiguillon des circonstances, concevait uneidée à lui, et paraissait y tenir. 11 avait déjà pensé à ce ma-riage du prince héritier de la couronne avec une nièce deNapoléon, et il n’avait pas de violence à se faire pour adopterun tel projet. Il voulait donc que la demande faite par Ferdi-nand, d’une manière irrégulière, fût renouvelée régulière-ment au nom de la couronne d’Espagne, avec la solennitéconvenable, et les pouvoirs nécessaires pour traiter. Si Napo-léon acceptait, il était lié envers la maison de Bourbon ; s’ilrefusait, on saurait ce qu’il fallait croire de ses intentions, etil serait temps alors de songer à la retraite.
Rien ne pouvait être plus désagréable à la reine et au favorique l’idée d’un tel mariage ; carFerdinand, époux d’une princessefrançaise, protégé deNapoléon, protecteur à son tour de la mai-son d’Espagne, serait devenu tout-puissant. La chute du favoriet la destruction de l’influence de la reine devaient s’ensuivre.Mais ne pas renouveler pour le compte de la couronne la pro-position de Ferdinand, c’était déclarer qu’il avait eu tort, non-seulement dans la forme, mais dans le fond; c’était laisservoir à Napoléon qu’on ne voulait pas de son alliance; c’étaitse priver d’un moyen assuré de sonder ses intentions, et sur-tout se priver d’arguments indispensables auprès de Char-les IV, pour lui faire approuver le projet de fuite en Améri-que. Ces raisons furent celles qui ramenèrent la reine et lefavori à l’idée de demander une princesse française, c’est-à-dire de renouveler, au nom de la couronne, la propositionclandestine de Ferdinand. C’était la seule fois peut-être qu’ileût fallu débattre une résolution avec Charles IV, la seule foisassurément, pendant tout son règne, qu’une de ses volontésfût devenue celle du gouvernement.
En conséquence, on fit écrire à Charles IV une lettre desplus affectueuses, pour prier Napoléon d’unir l’héritier de lacouronne d’Espagne à une princesse de la maison Bonaparte.On ne se borna pas à cette demande. On réclama de Napo-
Nov. 1807.
Charles IVexige quela demandeclandestinede mariagefaite
par Ferdinandsoit
officiellementrenouveléeau nom
de la couronned’Espagne.
Këpugnancede la reineet du princede la Paixpour
le mariagepropose.
Lettre
de Charles IVà îfapoJëonpour
demanderla main d'uneprincessefrançaise.