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LIVRE XXIX.
Janv. 1808.
Napoléoncommence àsongerau moyende faire fuirla familled’Espagneen 1 épouvautant.
Napoléonaccroîtla terreur dela familleroyaled’Espagne,en se taisantsur ses projetset en
augmentantses forces.
haine qu’ils avaient pour l’héritier de la couronne et cellequ’ils lui inspiraient, l’impatience de la nation prête à éclater,toutes ces passions, qui allaient croissant d’heure en heure,pouvaient amener une explosion soudaine, et faire naître leprétexte désiré. Il était facile en outre de s’apercevoir quel'introduction successive des troupes françaises en Espagnecontribuait beaucoup à augmenter l’exaitation des esprits, parles espérances inspirées aux uns, les craintes inspirées auxautres, l’attente excitée chez tous, et qu’elle finirait peut-êtrepar provoquer un dénoûment. D’ailleurs il pouvait sortir decet ensemble de causes un résultat qui aurait fort convenu àNapoléon : c’était la fuite de la famille royale d’Espagne, imi-tant la famille royale de Portugal, et allant comme elle cher-cher un asile en Amérique. Un pareille fuite aurait mis Napo-léon tout à fait à l'aise, en lui livrant un trône vacant, quepeut-être la nation espagnole, dans son indignation contre lesfugitifs, lui aurait décerné elle-même. Cette nouvelle émigra-tion en Amérique d’une dynastie européenne devint dès cetinstant la solution à laquelle il s’arrêta, comme à la moinsodieuse, la moins révoltante pour le public civilisé. Une ma-nière certaine d’amener ce résultat, c’était d’augmenter lenombre des troupes françaises en Espagne, en enveloppantses intentions d’un mystère toujours plus profond. C’est cequ’il ne manqua pas de faire. Obligé de répondre aux deuxlettres de Charles IV, qui lui demandait la main d’une prin-cesse française pour Ferdinand et la publication du traité deFontainebleau, il répondit à la première que , fort honorépour sa maison du désir exprimé par la royale famille d’Es-pagne, il avait besoin cependant, avant de s’expliquer, desavoir si le prince des Asturies, poursuivi récemment commecriminel d’Etat, était rentré en grâce auprès de ses augustesparents; car il n’était personne qui voulût, disait-il, s'allierà un fils déshoroné. 11 répondit à la seconde que les affaires nese trouvaient pas encore assez avancées en Portugal pour