ARANJUEZ.
335
pouvait être appelé et entendu que devant les Cortez assem-blées; qu’au surplus le crime était imaginaire; que les preu-ves fournies étaient nulles ou dépourvues de caractère légal,car c’étaient des copies et non des originaux qu’on avait sousles yeux; que la personne inconnue qui avait dénoncé cesfaits devait, d’après la loi espagnole, se présenter elle-mêmeet déposer sous la foi du serment; que dans l’état de la pro-cédure, sans accusé principal, sans preuves, sans témoins,avec tout ce qu’on savait d’ailleurs du prétendu attentat im-puté à un prince objet de l’amour de la nation, et à de grandspersonnages objet de son respect, des juges intègres devaientse déclarer hors d’état de prononcer, et supplier la royautéde mettre au néant un procès aussi scandaleux.
À peine ce courageux citoyen d’une monarchie absolue,dans laquelle, tout absolue qu’elle était, il y avait des lois etdes magistrats imbus de leur esprit, à peine avait-il opiné,que ses collègues adhérèrent à son avis, et opinèrent commelui avec une sorte d’enthousiasme patriotique. Ils s’embrassè-rent tous après cet arrêt, comme des hommes prêts à mourir.On croyait en effet, non pas Charles IV, mais la cour, capablede tout contre les juges qui avaient trompé ses calculs, et onexagérait sa cruauté, ne pouvant exagérer se bassesse.
Quand cet arrêt fut connu, il transporta le public de joie,et il frappa la cour d’abattement. On persuada au pauvreCharles IV qu’il fallait faire éclater sa propre justice, à défaut decelle des magistrats, et on lui arracha un décret royal, en vertuduquel les ducs de San-Carlos et de l’infantado, le marquisd’Àyerbe, le comte d’Orgas, furent exilés à 60 lieues delàcapitale, et privés de leurs dignités, grades et décorations.Le chanoine Escoïquiz, le plus haï de tous, fut traité plussévèrement. On lui retira ses bénéfices ecclésiastiques, et onle condamna à finir ses jours dans le monastère du Tardon.On voulait en outre que le cardinal de Bourbon, archevêquede Tolède, frère de la princesse du sang qu’avait épousée
Fev. 1608.
Courageux
arrêt
du tribunalextraordinairechargede prononcersur ie procèsde
l’Escuria!.
La coursubstitue àl'arrêtprononcédes disgrâcesroyales.
Exil loinde la capitaledes
principauxaccusés,et détentiondu chanoineEscoïquizdans
un couvent.