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[Vol. 4.]
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LIVRE XXIX.

Fiÿv. 1808.

Humiliationde la cour, etsa translationclandestineà Aranjuez

Emmanuel Godoy, fit prononcer par le chapitre de Tolède ladégradation du chanoine Escoïquiz, membre de ce mêmechapitre. Le cardiual s’y refusa obstinément. A ce sujet il osarévéler à Charles IV les scandales de la monarchie, le tristesort de la princesse sa cœur, unie au favori, lequel à tousses crimes avait joint celui de la bigamie. 11 alla, dit-on,jusqu’à demander que sa sœur lui fût rendue, et pût s’enfer-mer dans une retraite religieuse pour y pleurer l’union quifaisait sa honte et son malheur. Pour toute réponse, le cardi-nal reçut l’ordre de se retirer dans son diocèse.

Le courageux magistrat qui avait si noblement rempli sondevoir, don Eugenio Caballero, étant mort, ses funéraillesdevinrent une sorte de triomphe. Toutes les congrégationsreligieuses se disputèrent l’honneur de l’ensevelir gratuite-ment, et tout ce que Madrid renfermait de plus respectableaccompagna à sa dernière demeure le magistrat qui avait sidignement terminé sa carrière. Quant aux accusés, on se ré-jouissait de voir leur tête sauvée, surtout après les craintesexagérées que leur procès avait inspirées. On ne craignait pasles conséquences de ce procès pour leur considération, carl’estime universelle les environnait, au delà môme de leurmérite; et on ne s’inquiétait pas de leur exil, car personnen’imaginait qu’il dût être long. Tout le monde en effet s’atten-dait à une catastrophe prochaine, soit qu’elle provint de l’in-dignation publique excitée au plus haut degré, soit qu’elle fûtl’ouvrage des troupes françaises s’avançant silencieusementsur la capitale, sans dire ce qu’elles venaient y faire. On seplaisait toujours à croire qu’elles feraient ce qu’on désirait,c’est-à-dire qu’elles précipiteraient le favori de ce trône dontil avait usurpé la moitié, et uniraient le prince des Asturiesavec une princesse française au bruit de leurs canons.

Tandis que les sympathies d’une nation exaltée entouraientceux qui se prononçaient contre la cour, celte cour elle-mêmeétait remplie de terreur et de rage. II était d’usage immémo-