ARANJUEZ.
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rial qu’en janvier la famille royale quittât la froide et sévèrerésidence de l’Escurial, pour aller jouir du climat d’Aranjuez,magnifique demeure, que traverse le Tage, et où le printemps,comme il arrive dans les latitudes méridionales, se fait sentirdès les mois de mars, quelquefois môme dès la fin de février.11 était d’usage encore que, Madrid se trouvant sur la route,la cour s’y arrêtât quelques jours pour recevoir les hommagesde la capitale. S’attendant cette année à ne recueillir que destémoignages d’aversion, la cour passa aux portes de Madridsans s’y arrêter, et alla cacher dans Aranjuez sa honte, sonchagrin et son effroi.
Elle n’avait plus en effet un seul appui à espérer nulle part.Le peuple espagnol laissait éclater pour elle une haine impla-cable, et à peine faisait-il une différence en faveur du roi, enle méprisant au lieu de le haïr. Quant au terrible Empereurdes Français, que celte cour avait alternativement flatté outrahi, dont elle espérait, depuis Iéna, avoir reconquis la fa-veur par une année de bassesses, il se couvrait tout à coupde voiles impénétrables, et gardait sur ses projets un silenceeffrayant. Les armées françaises, dirigées d’abord sur le Por-tugal, exécutaient maintenant un mouvement sur Madrid, sousprétexte de s’acheminer vers Cadix ou Gibraltar. Mais il étaitinouï qu’on envahît de la sorte, et sans plus d’explications,le territoire d’une grande puissance. La réponse que Napoléonavait faite à la demande de mariage ne pouvait pas être prisepour sérieuse; car il voulait savoir, disait-il, avant de donnerune princesse française à Ferdinand, si ce prince était rentrédans les bonnes grâces de ses parents, et il le demandait àCharles IV, qui lui avait annoncé formellement l’arrestationdu prince des Asturies et la grâce qui s’en était suivie. Lerefus de publier le traité de Fontainebleau, qui contenait laconcession d’une souveraineté pour Emmanuel Godoy, et lagarantie formelle des États appartenant à la maison d’Espagne,ne pouvait avoir qu’une signification sinistre. Par tous ces
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F(ïv. 1803.
sans passerpar
Madrid.
L'obscuritédes Intentionsde Napoléonajoute
aux terreursde la courd’Espagne, etla confirmedans l'idéede fuir enAmérique.