Band 
[Vol. 4.]
Seite
346
JPEG-Download
 

316

LIVRE XXIX.

Fév, 1808. à l’empereur Alexandre, que jamais il ne lui livrerait la Mol-davie et la Valachie, ce dont on ne tarderait pas à se con-vaincre; que l’alliance française était donc à la fois une dé-fection, une inconséquence et une duperie.

Ces propos répétés à l’empereur Alexandre le piquaient auvif, et, en voyant par les rapports de M. de Tolstoy qu’ilspourraient bien un jour se vérifier, il en exprima un chagrinLangage extrême à M. de Gaulaineourt. 11 le reçut avec de grands

de l'empereur

Alexandre, égards, lui témoigna une estime dont il voyait que cet ambas-sadeur était avide, et puis, venant à ce qui concernait les in-térêts russes, il se répandit en plaintes amères. Il n’avait ja-mais entendu, disait-il, lier le sort de la Silésie à celui de laMoldavie et de la Valachie. Il avait stipulé et obtenu de l’ami-tié de l’empereur Napoléon la restitution d’une partie desÉtats prussiens, restitution nécessaire, indispensable à l’hon-neur de la Russie. Il se serait contenté de cette restitution, etse serait retiré au fond de son empire, satisfait d’avoir épargnéà ses malheureux alliés quelques-unes des conséquences dela guerre, si l’empereur Napoléon, voulant l’engager dans sonsystème, ne lui avait fait entrevoir des agrandissements soitau nord, soit au midi de l’empire, et n’avait été le premierà lui parler de la Moldavie et de la Valachie. Poussé à entrerdans cette voie, il avait fait tout ce que Napoléon avait désiré:il avait déclaré la guerre à l’Angleterre, malgré les intérêtsdu commerce russe; il l’avait résolue avec la Suède, malgréla parenté; et, quand lui et tout le monde dans l’empire s’at-tendaient à recevoir le prix de tant de dévouement à une poli-tique étrangère, il arrivait tout à coup de Paris la nouvellequ’il fallait renoncer aux plus légitimes espérances ! Le czar nepouvait revenir de sa surprise et se consoler de son chagrin.Vouloir lier le sort de la Silésie à celui de la Moldavie et dela Valachie, retenir l’une aux Prussiens pour donner les deuxautres aux Russes, c’était lui faire un devoir d’honneur detout refuser. Il ne pouvait pas payer, avec les dépouilles d’un