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[Vol. 4.]
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LIVRE XXIX.

F tv. 1808. alimenter plusieurs mois l’imagination de la nation russe et deson souverain, et qu’il pourrait dans cet intervalle donnercours à ses projets sur l’Occident. Il n’est pas vrai, comme onserait disposé à le croire d’après ce qui précède, qu’il trom-pât entièrement la Russie, et qu’au fond il ne voulût à aucunprix lui accorder une concession en Orient. Il savait qu’enabandonnant la Moldavie et la Valachie, et même la Moldavieseulement, il satisferait le czar, et acquitterait sa dette enversl’ambition russe, quoi que se permit en Occident l’ambitionfrançaise. Il avait donc cette ressource dans tous les cas pourréaliser les espérances qu’il avait fait concevoir à l’empereurAlexandre. Mais s’il allait plus loin, et s’il n’était pas fâchéd'occuper de la sorte l’imagination si vive de son nouvel allié,c’est que de son côté sa propre imagination plongeait dans cetavenir plus profondément que celle de ses contemporains. LesTurcs, depuis la chute de Selim, paraissant arrivés au termede leur existence, Napoléon se demandait s’il ne fallait pas enfinir de cette ruiue toujours menaçante, et poussé par sa luttemaritime avec les Anglais, il se demandait encore si ce n’étaitpas le cas de s’emparer de tous les rivages de la Méditerra-née, et de se servir du dévouement momentané qu’il inspire-rait à la Russie pour diriger une armée sur l’Inde, à traversle continent partagé de l’Asie. Bien que chimériques aux yeuxd’une génération ramenée, comme la nôtre, à de fort médio-cres proportions, il ne faut pas juger ces projets de notre. point de vue présent. Il faut songer que l’homme qui conce-vait ces rêves pouvait à volonté faire et défaire des rois, pro-noncer d’un mot sur les grandes monarchies de l’Europe; et,bien qu’à notre avis il s’abusât, il ne faudrait pas croire qu’onmesure exactement l’étendue de son erreur, en la mesurantd’après nos idées actuelles; car, en jugeant ainsi, notre peti-tesse se tromperait autant que s’était trompée sa grandeur.Parvenu au faite de la toute-puissance, livré à une fermenta-tion d’idées continuelle, il estimait que toutes ces questions