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LIVRE-XXIjX.
Mars 1808. compenser la jeunesse de leur visage. Elles avaient donc ledouble inconvénient de n’être pas assez imposantes, et d’offrirles apparences d’une misère avide, qui vient dévorer le paysqu’elle envahit. Il y avait parmi nos soldats beaucoup de ma-lades , les uns ayant souffert de fatigues auxquelles ils n’étaientpas assez préparés, les autres ayant reçu la gale des men-diants espagnols. Un cinquième de l’armée était atteint decette hideuse maladie. Il avait fallu pour en garantir lestroupes de la garde impériale les faire bivouaquer en pleinchamp. Les Espagnols, croyant que c’étaient là les soldatsqui avaient vaincu l’Europe, se disaient qu’il ne devait pasêtre difficile de remporter des victoires, puisque de pareillestroupes y avaient suffi, ne sachant pas enoore, comme ilsl’apprirent bientôt pour leur malheur et pour le nôtre, que,tels quels, ces jeunes soldats étaient capables de vaincre eux,et plus forts qu’eux, grâce à l’esprit qui les animait, et ausavoir militaire qui surabondait dans toutes les parties de l’ar-mée française. 11 n’y avait que les cuirassiers, dont la grandestature, l’armure imposante dissimulaient la jeunesse, et lagarde, troupe incomparable, qui inspirassent à la populacedes villes espagnoles le respect qu’il eût été nécessaire de luiinspirer dès le premier jour. Au surplus dans ce moment onne songeait pas encore à résister; on n’attendait que du biendes Français, et, sauf quelques collisions accidentelles entreles hommes du peuple et nos conscrits surpris par le vin desEspagnes, ou excités par la beauté des femmes, la cordialitérégnait. Certains Espagnols plus avisés se disaient bien quecette.singulière accumulation de troupes devait présager autrechose que le renversement du prince de la Paix, car dansl’état des esprits il n’aurait fallu qu’un seul mot de Napoléonpour le précipiter du pouvoir. Mais on ne voulait croire, es-pérer que la chute du favori; on ne pensait qu’à cet uniqueobjet. Un autre bruit d’ailleurs, celui d’une expédition surGibraltar, adroitement répandu, complétait l’illusion générale.