ARANJUEZ.
393
les IV dit d’un ton pénétré de douleur qu’il répondrait bien-tôt à son allié l’empereur Napoléon, et se hâta de terminerune entrevue inutile et pénible. Dès ce moment, le parti defuir fut arrêté. C’était pour Charles IV un cruel sacrifice quede quitter les trois ou quatre palais situés autour de Madrid,entre lesquels il avait l’habitude de partager sa vie, allant del’un à l’autre à chaque changement de saison, comme ces ani-maux qui changent de climats à la suite du soleil. C’était pourlui une amère privation que de renoncer aux chasses duPardo, au lieu d’attendre Napoléon, et de s’en remettre à satoute-puissance du sort de la maison d’Espagne. Le bon roiCharles IV avait le cœur trop loyal et l’esprit trop borné poursupposer une seule des combinaisons de Napoléon, et il in-clinait à penser qu’en l’attendant, et en se confiant à lui, touts’arrangerait pour le mieux. Il est certain que ce naïf aban-don de la faiblesse se livrant elle-même aurait étrangementembarrassé Napoléon, et peut-être amené d’autres résultats.Mais le prince de la Paix et la reine, sachant bien que poureux il n’y avait aucune grâce à espérer ; que l’intervention deNapoléon, quelle qu’elle fût, s’exercerait au moins contre eux,ne laissèrent pas le choix à Charles IV, et l’entraînèrent à seretirer en Andalousie. 11 est probable qu’ils ne lui firent en-trevoir que ce premier éloignement, comptant sur les événe-ments pour décider la retraite définitive en Amérique. Leurrésolution à cet égard était si ferme, que le prince de la Paix,emporté par son intempérance ordinaire de langage, s’écriaqu’il enlèverait plutôt le roi que de consentir à ce qu’il atten-dit à Aranjuez l’arrivée des Français.
Cependant, pour ne pas s’ôter toute ressource du côté dela France, M. Yzquierdo dut retourner immédiatement à Paris,employer les supplications auprès de Napoléeon, l’or auprèsde ses agents, pour conjurer le coup qui menaçait la maisond’Espagne, et signer tous les traités qu’on exigerait, quelquedéshonorants qu’ils pussent être. Il repartit précipitamment
Mars 1808.
La courd’Espagnese décidé à fuiren Andalousie.
>1. Yzquierdorenvoyé à Parispour tenterîle nouveauxefforts auprèsde IVapole'on.