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gardes du corps qui n’était pas de service, s’étaient mises enroute pour Aranjuez. Une partie du peuple de la capitale, unefoule de curieux les avaient suivies, et avaient fait avec ellesle trajet qui est de sept à huit lieues. Chemin faisant, cepeuple poussait des cris contre la reine, contre le prince dela Paix, et demandait aux officiers et soldats s’ils laisseraientenlever leurs souverains par un indigne usurpateur, qui vou-lait les emmener avec lui pour les tyranniser plus sûrement.Les troupes, ainsi accompagnées, arrivèrent vers la fin dujour à Aranjuez, et furent logées chez l’habitant, ce qui n’étaitpas un moyen de les ramener à la subordination militaire.Une dernière circonstance avait achevé de convaincre la fouleque les promesses royales n’étaient qu’un leurre : c’est que lesdemoiselles Tudo étaient arrivées elles-mômes à Aranjuez, etallaient, disait-on, partir le soir môme pour l’Andalousie. L’af-lluence autour du palais du roi et de celui du prince de laPaix, situé de l’autre côté de la grande avenue, était plus con-sidérable que les jours précédents; car aux habitants effarésd’Aranjuez, aux paysans de la Manche, s’étaient joints des sol-dats sans armes qui une fois arrivés à leur logement étaientvenus se mêler à la foule, et des curieux sortis en grand nom-bre de Madrid. Les gardes du corps, ceux du moins qui n’é-taient pas de service, visiblement excités par les amis duprince des Asturies, s’étaient répandus par bandes, faisantdes patrouilles volontaires, tantôt vers les écuries du roi, tan-tôt vers la résidence du prince de la Paix.
Aux approches de minuit un incident singulier, survenu de-vant le palais du prince do la Paix, devint l’étincelle qui dé-termina l’explosion. Une dame sortie de ce palais sous le brasd’un officier, escortée par quelques hussards dont le princefaisait sa garde habituelle, fut aperçue par une bande de gar-des du corps et de curieux. Ils reconnurent ou crurent recon-naître mademoiselle Josépha Tudo, qui, suivant eux, allaitmonter en voiture. On se pressa autour d’elle. Les hussards
TOM. vin. 26
Mars 1808.
Collisionsurvenueautour du palaisdu princede U Faix.