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LIVRE XXIX.
Mars 1808.
Le peuplese précipitesur le palaisdu princede la Paix,et le ruinede fonden comble.
du prince ayant voulu s’ouvrir uu passage, un coup de fusilfut tiré on ne sait par qui. Il s’éleva à l’instant môme un tu-multe effroyable. Les gardes du corps coururent à leurs quar-tiers, sellèrent leurs chevaux, et se ruèrent à coups de sabresur les hussards du prince qu’ils rencontrèrent. Les gardeswallonnes et espagnoles prirent aussi les armes, plutôt pour sejoindre à la multitude que pour faire respecter l’autorité royale.Le peuple ne se contenant plus s’assembla sous les fenêtres dupalais, appela le roi à grands cris, voulut le voir, pour luifaire entendre l’expression de ses vœux, en poussant avec fu-reur les cris de Vive le roil meure le prince de la Paix! Aprèsl’avoir effrayé en le saluant de pareilles acclamations, il seporta de l’autre côté d’Aranjuez, vers la demeure du princede la Paix, qu’il enveloppa de toutes parts. En forcer les por-tes pour s’y précipiter parut d’abord à ce peuple, qui débu-tait dans la carrière des révolutions, un attentat au-dessusde son audace. Il s’arrêta un instant, hésitant, mais plein d’im-patience, et dévorant sa proie des yeux avant de la saisir.Tout à coup un individu, messager, dit-on, du château, seprésente à la porte du prince pour se la faire ouvrir. On la luirefuse. 11 insiste. Les gardiens de la maison, croyant qu’on lesattaque, songent à se défendre. Un coup de fusil part au mi-lieu de cette agitation. Alors l’hésitation cesse. La foule furieusese rue sur les portes, les enfonce, pénètre dans la demeuresomptueuse du favori, la ravage, jette par les fenêtres ta-bleaux, tentures, meubles magnifiques, détruit et ne pillepas, plus furieuse qu’avide, comme il arrive dans les mouve-ments de toute multitude, passionnée mais non avilie. On courtd’appartement en appartement, on cherche l’objet de la hainepublique, on ne trouve que l’épouse infortunée du prince dela Paix. La populace, en Espagne, même la plus infime, avaitfini par connaître toute la vie d’Emmanuel Godoy. Elle savaitcombien il avait de femmes, quelle il aimait, quelle il n’aimaitpas. Elle savait les malheurs de cette auguste princesse de