AKANJUEZ.
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Bourbon, tristement unie à un soldat aux gardes, pour donnerà ce soldat le lustre royal qui lui manquait. La foule, en l’aper-cevant, tombe à ses pieds, la conduit avec respect hors decette maison envahie, la place dans une voiture, et la traîneen triomphe jusqu’au palais du souverain, en s’écriant : Voilàl’innocente. — Après l’avoir ainsi replacée dans la demeuredes rois, d’où elle n’aurait jamais dû sortir, la foule, quicroyait n’en avoir pas fini avec le palais du prince de la Paix,y revient, le cherche lui-même dans les moindres recoins desa demeure, et, ne le rencontrant pas, se venge par uneaffreuse dévastation. Toute la nuit se passe en recherches, enravages, et, le jour venu, le favori n’étant pas découvert, onsuppose qu’il a trouvé ailleurs un asile.
On devine quels devaient être en ce moment l’effroi deCharles IV et le désespoir de la reine. Le souvenir de la révo-lution française les avait toujours remplis de terreur. Cette ré-volution qu’ils avaient tant redoutée, ils la voyaient enfin chezeux poussant les mêmes cris, commettant les mêmes actes,quoique excitée par d’autres sentiments. Ils étaient désolés,éperdus, résignés à tout ce qu’on voudrait d’eux. Cette reine,justement odieuse, éprouvait cependant un sentiment vrai,qui sans la rendre intéressante pouvait du moins excuser jus-qu’à un certain point sa honteuse vie. Elle ne songeait, danssa terreur, ni à sa famille ni à elle-même, mais au domina-teur de son âme, au méprisable Godoy. Elle demandait à toutle monde ce qu’il était devenu, et envoyait partout de fidèlesdomestiques pour qu’ils lui en rapportassent des nouvelles. —Où est Emmanuel, s’écriait-elle, où est-il?... et elle ne cachaitpas les larmes que lui arrachait un souci pareil. Le roi lui-même, quand il cessait d’avoir peur, demandait aussi ce qu’onavait fait du pauvre Emmanuel, qui lui était, disait-il, si at-taché. Quant au prince des Asturies, voyant son ennemiabattu, la couronne près de tomber de la tête de son père surla sienne, et ignorant qu’elle tomberait bientôt à terre, pour
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Mars 1808.
Effroi du roiet de la reine