BAYONNE.
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ou dans les rues. Les femmes jetaient des fleurs du haut desmaisons. Les hommes, se précipitant au-devant du jeune roi,étendaient leurs manteaux sous les pieds de son cheval. D’au-tres brandissant leurs poignards juraient de mourir pour lui,car le danger se faisait confusément sentir à ces âmes arden-tes. Ce prince, fourbe, haineux, si peu digne d’être aimé,était en ce moment entouré d’autant d’amour que Titus enobtint des Romains, et Henri IY des Français. Il faisait les dé-lices de l’Espagne, qui ne se doutait guère de son avenir, àlui et à elle!
Ferdinand VII, parvenu au palais, y reçut les autorités pu-bliques. Dans la journée le corps diplomatique vint lui rendrehommage, comme au roi incontesté, quoique non reconnu,de toutes les Espagnes. M. deBeauharnais, retenu par Murat,n’y parut point; son absence alarma beaucoup la nouvellecour, et embarrassa les membres eux-mêmes du corps diplo-matique, qui avaient cédé à leurs secrets sentiments en ad-hérant si vite à la royauté des Bourbons. Les ministres descours faibles et dépendantes s’excusèrent. Le ministre de Rus-sie s’excusa aussi, mais moins humblement; il allégua lesusages diplomatiques qui sont invariables, et en vertu des-quels on salue tout nouveau roi, sans préjuger la question desa reconnaissance définitive.
Murat accueillit avec un mécontentement peu dissimulé cesexplications d’une conduite qui lui avait déplu, parce quedéjà il regardait Ferdinand comme un rival à la couronned’Espagne; et quand on vint lui proposer à lui-même d’allerle visiter, il s’y refusa nettement, en déclarant que pour luiCharlesIV était toujours roi d’Espagne, et Ferdinand princedes Asturies, jusqu’à ce que Napoléon eût prononcé sur cegrand et triste conflit. Le 21 au soir, comme nous l’avons dit,il avait écrit d’El-Molar à Napoléon tout ce qui s'était passé;il lui avait communiqué son plan, consistant à faire protesterCharles IV et à ne pas reconnaître Ferdinand Vil, pour que
Mars 1806.
Empressementdu corpsdiplomatiquepour
Ferdinand VII,et refus
de Murat de lereconnaître.
‘Rapportsde Murat àWapole'nn, etsa manièrede présenterles événementsd’Espague.