426
LIVRE XXX.
Mar» 1806.
Napoléon,en apprenantla révolutiond'Aranjuez,conçoit à Parisle même planque Muratavait conçu &Madrid.
l’Espagne se trouvât entre un roi qui ne l’était plus et unprince qui ne l’était pas encore. Le 22, le 23, occupé de samarche et de son entrée à Madrid, il ne put pas écrire. Le 24il écrivit ce qui avait eu lieu pendant ces deux jours, et, con-tinuant à être inspiré par les événements, il ajouta à son planune nouvelle idée, celle que M. de Beauharnais lui avait in-nocemment fournie, et dont on allait faire un usage perfide:celle, disons-nous, d’envoyer Ferdinand au-devant de Na-poléon , pour que celui- ci s’emparât de sa personne, et en fitensuite ce qu’il voudrait. On n’aurait plus affaire alors qu’àCharlesIV, auquel il serait aisé d’arracher le sceptre, inca-pable qu’il était de le tenir dans ses débiles mains, et l’Es-pagne elle-même n’étant pas disposée à l’y laisser.
Tandis que ces événements se passaient en Espagne, Na-poléon les avait successivement appris six ou sept jours aprèsleur accomplissement, car c’était le temps qu’il fallait alorspour les communications entre Madrid et Paris. C’est du 23au 27 qu’il avait connu le soulèvement d’Aranjuez, puis lerenversement du favori, et enfin l’abdication forcée de Char-les IV. Cette solution, la moins prévue de toutes, quoiqu’ellene fût pas la moins naturelle, le surprit sans le déconcerter.Le départ désiré de la famille régnante, qui aurait rendu va-cant le trône d’Espagne, ne s’étant pas effectué, le premierplan n’était plus qu’une combinaison avortée. Cependant Na-poléon vit dans ces événements mêmes un nouveau moyend’arriver à son but, et ce moyen se rencontra exactementavec celui que les circonstances avaient suggéré à Murat. Bienavant que les lettres dans lesquelles celui-ci proposait sesidées fussent arrivées à Paris, Napoléon imagina de ne pasreconnaître Ferdinand VII, dont la royauté jeune, désirée desEspagnols, serait difficile à détruire, et de considérer Char-les IV comme étant toujours roi, parce que sa royauté vieille,usée, odieuse aux Espagnols, serait facile à renverser. Onpouvait d’ailleurs, sous la forme d’un arbitrage entre le père