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LIVRE XXX.
Avril 1808. Le chanoine Escoïquiz, le duc de l’Infantado voulurent l’en-tretenir eux-mêmes, et le mettre ensuite en présence de Fer-dinand Vil. Après avoir recueilli de sa bouche des parolesplus explicites encore que celles qu’avait dites Murat, parceque le général Savary était tenu à moins de réserve, ils leprésentèrent au prince des Asturies. Celui-ci interrogea legénéral Savary sur l’utilité du voyage qu’on lui conseillait, .etsur les conséquences d’une entrevue avec Napoléon. Il n’étaitpas question encore d’aller à Bayonne, mais seulement à Bur-gos ou à Vittoria; car l’Empereur, assurait-on, était sur lepoint d’arriver, et il s’agissait uniquement de lui rendre hom-mage, de devancer auprès de lui les vieux souverains, d’êtreles premiers à parler, pour lui expliquer de manière à le con-vaincre celte inexplicable révolution d’Aranjuez. Le généralSavary, sans engager la parole de l’Empereur, dont il igno-rait, disait-il, les intentions sur des événements qui étaientinconnus lorsqu’il avait quitté Paris, n’eut pas de peine à abu-ser des gens qui se seraient trompés à eux seuls, si on neles avait trompés soi-même. Affectant de ne parler que pourson propre compte, il affirma cependant que, lorsque Napo-léon aurait vu le prince espagnol, entendu de sa bouche lerécit des derniers événements, et surtout acquis la convictionque la France aurait en lui un allié fidèle, il le reconnaîtraitpour roi d’Espagne. Il arriva là ce qui arrive dans les entre-tiens de ce genre : le général Savary crut n’avoir rien promisen faisant beaucoup espérer, et Ferdinand VII crut que toutce qu’on lui avait donné à espérer, on le lui avait promis. LeLe voyage général n’avait pas plutôt quitté le prince, que la résolution,défi ré'soiu" ent ^jà prise à peu près, de se rendre au-devant de Napoléonfut définitivement arrêtée. Toutefois un incident faillit com-promettre le résultat que Murat et Savary venaient d’obtenir.
L’Empereur avait prescrit d’arracher le prince de la Paixà la fureur des ennemis qui voulaient sa mort, pour ne paslaisser commettre un crime sous les yeux et en quelque sorte