Band 
[Vol. 4.]
Seite
445
JPEG-Download
 

BAYONNE.

445

sous la responsabilité de l’armée française, et ensuite pouravoir dans ses mains un instrument à l’aide duquel il comp-tait bien faire mouvoir à son gré les vieux souverains. D’autrepart la vieille reine, fort secondée par l’imbécile bonté deCharles IV, demandait comme une grâce, qui pour elle passaitavant le trône, et presque avant la vie, de sauver celui qu’elleappelait toujours Emmanuel, leur meilleur, leur seul ami,victime, disait-elle, de sa trop grande amitié pour les Français.Ainsi sauver le favori était non-seulement un acte d’humanité,mais le moyen le plus sûr de remplir de gratitude et de joiela vieille cour, et d’en faire tout ce qu’on voudrait. Murat de-manda donc avec toute l’arrogance de la force qu’on lui remîtle prince de la Paix, lequel, détenu d’abord au village dePinto, avait été transporté ensuite à Villa-Viciosa, espèce dechâteau royal où il était plus en sûreté. On l’avait mis là sousune escorte de gardes du corps, résolus à l’égorger plutôt quede le rendre. Après l’avoir chargé de fers, on lui faisait sonprocès avec un barbare acharnement, inspiré à la fois par lahaine, par le désir de déshonorer la vieille cour, et de semettre en garde, par la mort de cet ancien favori, contre unretour de fortune. Ferdinand Vil et ses conseillers se prêtaientà ces indignités autant pour leur propre compte que pour celuide la vile multitude qu’ils voulaient flatter.

Murat leur déclara que si on ne lui livrait pas le prince ilferait sabrer par ses dragons les gardes du corps qui le déte-naient, et résoudrait ainsi la difficulté de vive force. 11 fautdire, pour l’honneur de ce vaillant homme, qu’en cette occa-sion une généreuse indignation parlait chez lui autant que lecalcul. Plus il insista, et plus les confidents de Ferdinand, peucapables de comprendre un noble sentiment, virent dans soninsistance un projet de se servir du prince de la Paix contreFerdinand VII, et on assure que l’idée d’assassiner le prison-nier traversa un instant certaines têtes exaltées, on ne saitlesquelles, entre les plus influentes de la nouvelle cour.

Avril 1808.

Efforts

de Murat pourfaire délivrerle princede la Paix.