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LIVRE XXX.

Avril 1808.

Vovage

de

Ferdinand Viljusqu’àvittoria.

Stjourà Burgos,et désir de s’varrêter.

de Ferdinand et de ses conseillers des réflexions qui les dé-tourneraient peut-être de leur voyage, et surtout de prendreune pareille détermination sans avoir l’agrément de l’Empe-reur. Il se borna donc à lui mander sur l’heure cette nouvelleimportante, ne doutant pas delà réponse, et voyant avec bon-heur tous les princes qui avaient droit à la couronne d’Espa-gne courir d’eux-mêmes vers le gouffre ouvert à Bayonne. Ilen conçut des espérances folles, et se persuada que tout se-rait possible en Espagne avec la force mêlée d’un peu d’adresse.

Pendant ce temps, Ferdinand VII et sa cour se dirigeaientvers Burgos avec la lenteur ordinaire à ces princes fainéantsde l’Espagne dégénérée. D’ailleurs les hommages empressésdes populations ne contribuaient pas peu à ralentir leur mar-che. Partout ou brisait en ce moment les bustes d’EmmanuelGodoy, et on promenait couronné de fleurs celui de Ferdi-nand VII. Les villes que ce prince traversait lui pardonnaientun voyage qui leur procurait la joie de le voir, mais, péné-trées de crainte sur son sort, juraient de se dévouer pour luis’il en avait besoin. Elles rendaient ces témoignages plus ex-pressifs quand les Français pouvaient les remarquer, commesi elles avaient voulu les avertir et de leur défiance et du dé-vouement qu’elles étaient prêtes à déployer.

Arrivés à Burgos, Ferdinand VII et ses compagnons devoyage éprouvèrent une surprise qui fit naître chez eux uncommencement de regret. Le général Savary leur avait tou-jours dit qu’il s’agissait uniquement d’aller à la rencontre de Na-poléon, qu’on le trouverait sur la route de la Vieille-Castille,peut-être même à Burgos. Le désir ardent d’être les premiersà le voir, de prévenir auprès de lui les vieux souverains, leuravait ôté toute clairvoyance, jusqu’à ne pas apercevoir unpiège aussi grossier. Mais, en approchant des Pyrénées, ens’enfonçant au milieu des armées françaises, une sorte de fré-missement les avait saisis, et ils étaient presque tentés des’arrêter, d’autant plus qu’on n’entendait rien dire ni de Na-