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LIVRE XXX.
Avril 1808. puis plusieurs années il s’apercevait des trahisons de la courde Madrid ; qu’il n’en avait rien témoigné, mais que, débar-rassé maintenant des affaires du Nord, il voulait régler cellesdu Midi; que l’Espagne était nécessaire à ses desseins contrel’Angleterre, qu’il était nécessaire à l’Espagne pour lui rendresa grandeur; que sans lui elle croupirait éternellement sousune dynastie incapable et dégénérée; que le vieux Charles IVétait un roi imbécile, que son fils, quoique plus jeune, étaittout aussi médiocre, et moins loyal : témoin la révolution d’A-ranjuez, dont on savait le secret à Paris, sans être obligé devenir à Madrid pour l’apprendre; que l’Espagne n’obtiendraitjamais sous de tels maîtres la régénération morale, administra-tive, politique, dont elle avait besoin pour reprendre son rangparmi les nations; que lui Napoléon ne trouverait jamais queperfidie, fausse amitié, chez des Bourbons; qu’il était tropexpérimenté pour croire à l’efficacité des mariages; qu’uneprincesse supérieure d’ailleurs n’était pas un trésor qu’on eûttoujours à sa disposition; qu’en eût-il une, il ne savait pas sielle aurait action sur ce prince taciturne et vulgaire, dont toutl’esprit, s’il en avait, consistait dans l’art de dissimuler; qu’ilétait conquérant après tout, fondateur de dynastie, obligé defouler aux pieds une quantité de considérations secondaires,pour arriver à son but placé à une immense hauteur ; qu’iln’avait pas le goût du mal, qu’il lui coûtait d’en faire, maisque quand son char passait il ne fallait pas se trouver sousses roues; que son parti enfin était pris, qu’il allait enlever àFerdinand VII la couronne d’Espagne, mais qu’il voulait adou-cir le coup en lui offrant un dédommagement; qu’il lui en pré-parait un, fort bien choisi dans l’intérêt de son repos : c’étaitla belle et paisible Étrurie, où ce prince irait régner à l’abrides révolutions européennes, et où il serait plus heureux qu’aumilieu de ses Espagnes, qui étaient travaillées par l’espritagitateur du temps, et qu’un prince puissant, habile, pouvaitseul dompter, constituer et rendre prospères.