BAYONNE.
465
En tenant cet audacieux discours, Napoléon avait été tourà tour doux, caressant, impérieux, et avait poussé au dernierterme le cynisme de l’ambition. Le pauvre chanoine demeu-rait confondu. L’honneur d’étre flatté, lui simple chanoine deTolède, par le plus grand des hommes, combattait en soncœur le chagrin d’entendre de telles déclarations. 11 était saisi,stupéfait; et cependant il ne perdit pas son talent de disserter,et il en usa avec Napoléon, qui voulut en l'écoutant le dédom-mager de ses peines.
L’infortuné précepteur s’attacha à justifier la famille de Bour-bon auprès du chef de la famille Bonaparte. Il lui rappela qu’aumoment des plus grandes horreurs de la révolution française,la cour d’Espagne n’avait déclaré la guerre qu’après la mortde Louis XVI; qu’elle avait même saisi la première occasionde revenir au système de paix, et du système de paix à celuide l'alliance entre les deux États; que depuis elle avait prodi-gué à la France ses flottes, ses armées, ses lésors; que si ellen’avait pas mieux servi, c'était non pas défaut de bonne vo-lonté, mais défaut de savoir; qu’il ne fallait s’en prendre qu’auprince de la Paix, que lui seul était l’auteur de tous les mauxde l’Espagne et la cause de son impuissance comme alliée ;que du reste ce détestable favori ôtait pour jamais éloigné dutrône, que sous un jeune prince dévoué à Napoléon, attachéà lui par les liens de la reconnaissance, par ceux de la pa-renté, dirigé par ses conseils, l’Espagne, bientôt régénérée,reprendrait le rang qu’elle aurait toujours dît conserver, ren-drait à la France tous les services que celle-ci pouvait en at-tendre, sans qu’il lui en coûtât aucun effort, aucun sacrifice;que, dans le cas contraire, on rencontrerait delà part de l’Es-pagne une résistance désespérée, secondée parles Anglais, etpeut-être par une partie de l'Europe; on perdrait les colonies,ce qui serait un malheur aussi grand pour la France que pourl’Espagne, et on imprimerait enfin une tache à la gloire siéclatante du règne.— Mauvaise politique que la vôtre, mon-
TOM. VIII. 36
Avril 1808.
Surprisedu chanoineEscnïquizen entendantl’exposddes desseinsde Rapoléou.
Réponse
UEsCoïqulz
aux
ouverturesde Kapuidon.