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LIVRE XXX.
Avril 1808.
L’Etrurieofferteà Ferdinandpour ledédommagerde la pertede l’Espagne,
Vains effortsdu chanoineEscoïquizpour toucherle cœur♦le Napoléon.
sieur le chanoine I mauvaise politique I répliqua Napoléon avecun sourire bienveillant, mais ironique. Vous ne manqueriezpas avec votre savoir de me condamner si je laissais échapperl’occasion unique que m’offrent la soumission du continent etla détresse de l’Angleterre pour achever l’exécution de monsystème. Vos Bourbons ne m’ont servi qu’à contre-cœur, tou-jours prêts à me trahir. Un frère me vaudra mieux, quoi quevous en disiez. La régénération de l’Espagne est impossiblepar des princes d’une antique maison qui sera toujours, mal-gré elle, l’appui des vieux abus. Mou parti est arrêté, il fautque cette révolution s’accomplisse. L’Espagne ne perdra pas unvillage, elle conservera toutes ses possessions. J’ai pris mesprécautions pour lui conserver ses colonies. Quant à votreprince, il sera dédommagé s’il se soumet de bonne grâce à laforce des choses. C’est à vous à user de votre influence pourle disposer à accepter les dédommagements que je lui réserve.Vous êtes assez instruit pour comprendre que je ne fais quesuivre en ceci les lois de la vraie politique, laquelle a' ses exi-gences et ses rigueurs inévitables.
En disant ces choses et d’autres, dans un langage où per-çait le regret plutôt que le remords d’une pareille spoliation,Napoléon était devenu doux, amical, et plusieurs fois il s’étaitpermis les gestes les plus familiers envers le pauvre précep-teur, dont la taille très-élevée formait avec la sienne un sin-gulier contraste. Effrayé de cette inflexible résolution, le cha-noine Escoïquiz, les larmes aux yeux, s’étendit sur les vertusde son jeune prince, s’efforça de justifier Ferdinand VII de larévolution d’Aranjuez, s’attacha à prouver que Charles IV avaitabdiqué volontairement, que l’autorité de Ferdinand Vil étaitpar conséquent très - légitime ; à quoi Napoléon, répondantavec un sourire d’incrédulité, lui dit qu’il savait tout, que larévolution d’Aranjuez n’était pas aussi naturelle qu’on voulaitle lui persuader; que Ferdinand VII avait cédé à une impa-tience coupable, mais qu’il avait eu tort de faire déclarer ou-