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LIVRE XXX.
Arrii i8os. s’était point accomplie. Il fit ranger les troupes sous les ar-mes, envoya sa cour à leur rcneonlrc, ordonna de tirer locanon des forts, do couvrir do pavillons les vaisseaux quiétaient dans Jes eaux de l’Adour, et lui-même se prépara ùmettre par sa présence le comble aux honneurs qu’il leur mé-nageait. A midi ils firent leur entrée à Bayonne au bruit ducanon et des cloches, furent reçus aux portes de la ville parles autorités civiles et militaires, trouvèrent sur leur cheminles deux princes Ferdinand VII et l’infant don Carlos, qu’ilsaccueillirent avec une indignation visible quoique contenue,descendirent au palais du gouvernement qui leur était des-tiné, et purent un instant encore se faire illusion, jusqu’à secroire en possession du pouvoir suprême : dernière et vaincapparence dont Napoléon amusait leur vieillesse, avant de lesprécipiter tous, père et enfants, dans le néant, où il voulaitplonger les Bourbons. Un moment après il arriva lui-mêmeau galop, accompagné de ses lieutenants, pour apporter l’hom-mage do sa toute-puissance au vieillard, victime de ses cal-culs ambitieux. A peine arrivé en présence de Charles IV,qu’il n’avait jamais vu, il lui ouvrit les bras, et l’infortunédescendant de Louis XIV s’y jeta en pleurant, comme il auraitfait avec un ami duquel il eût espéré la consolation de seschagrins. La reine déploya pour plaire tout l’art d’une femmedo cour, surtout avec l’impératrice Joséphine, arrivée depuisquelques jours ù Bayonne, et accourue auprès des souverainsde l’Espagne. Après un court entretien, Napoléon laissa Char-les IV entouré des Espagnols réunis à Bayonne, et des offi-ciers et chambellans français, destinés à composer son ser-vice d’honneur. D’après les intentions de Napoléon, qui dési-rait qu’aucun des usages de la cour d’Espagne ne fût négligéen cette occasion, il y eut un baise-main général. Chacun desEspagnols présents vint, en s’agenouillant, baiser la main duvieux roi et de la reine son épouse. Ferdinand, prenant sonrang de fils et de prince des Asturies, vint à son tour s’incli-