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[Vol. 4.]
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LIVRE XXX.

Avril 180S.

Napoléon,aprèsles égardsprodiguésà Charles IV,songe à seservir de luipour en finiravec

Ferdinand VII.

plus grands honneurs. Charles IV et son épouse s’y rendirentdans les voitures impériales, si différentes des antiques voi-tures de la cour d’Espagne, qui étaient construites sur lemôme modèle que celles de Louis XIV. Il avait la plus grandepeine à y monter et à en descendre; et il laissait voir jusquedans les moindres détails combien il était étranger aux usagescomme aux idées du temps présent. Arrivé au château deMarac, il s’appuya pour mettre pied à terre sur le bras deNapoléon, qui était venu le recevoir à la portière. — Appuyez-vous sur moi, lui dit Napoléon, j’aurai de la force pour nousdeux. — J’y compte bien, répondit le vieux roi ; et il lui té-moigna une véritable gratitude, tant il était heureux de trou-ver en France le repos, la sécurité et l’opulence pour le restede ses jours. Napoléon avait oublié d’inscrire le prince de laPaix au nombre des convives. Charles IV, ne l’apercevant pas,s’écria avec une vivacité embarrassante pour tous les assis-tants : Où est donc Emmanuel? — On alla chercher le princede la Paix par ordre de l’Empereur, et on rendit à Charles IVcet ami, sans lequel il ne savait plus exister.

Tandis que Napoléon s’occupait d’adoucir le sort de ce vieilenfant découronné, l’impératrice Joséphine veillait avec sagrâce accoutumée sur la reine d’Espagne, et lui procurait lesfutiles distractions qui étaient à sa portée, en lui offrant toutesles parures de Paris les plus nouvelles et les plus recherchées.Mais l’épouse de Charles IV était plus difficile à consoler quelui, en raison môme de son intelligence et de son ambition.Toutefois elle pouvait compter sur deux consolations certaines,la sûreté d’Emmanuel Godoy et le détrônement de Ferdinand.

Après avoir ainsi comblé d’égards des hôtes augustes etmalheureux, Napoléon, impatient d’en finir, fît mouvoir lesinstruments qu’il avait à sa disposition. D’après sa volonté,une lettre fut adressée à Ferdinand par Charles IV, pour luirappeler sa coupable conduite dans les scènes d’Aranjuez,son imprudente ambition, son impuissance de régner sur un