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LIVRE XXX.
Mai 1808.
Murat atteintd'une
maladie gravequi le metdans
l'impossibilité
commander.
national de celte province frontière, dans les Asturies à caused'un vieux sentiment d’indépendance propre à cette régioninaccessible. Là le sentiment des gens éclairés était vaincu parle sentiment du peuple, moins touché par les considérationspolitiques que par l’attentat commis contre une dynastie na-tionale. Dans ces provinces on n’avait ni pu ni osé nommerdes députés à la junte de Bayonne. Le gouvernement de Ma-drid y avait suppléé en les nommant lui-même. Quelques-uns,bien que portés à se rendre à Bayonne, craignaient toutefoisd’y aller; car il y avait une idée qui commençait à se répandreuniversellement, c’est que quiconque faisait le voyage de Bayonnen’en revenait plus. Une sorte de terreur populaire et super-stitieuse s’était emparée des esprits. Les troupes qu’on avaitvoulu diriger vers les Pyrénées, et notamment les gardes ducorps, avaient obstinément refusé d’obéir; ce qui était fâ-cheux, car c’étaient autant de forces laissées à l’insurrection.Napoléon, averti par Murat de cette disposition des esprits,avait renvoyé pour quelques jours MM. de Prias, de Medina-Geli et quelques autres personnages considérables, afin demontrer qu’on pouvait revenir de Bayonne quand on y était allé.
On touchait à la fin de mai, et l’esprit public s’altérait vi-siblement en Espagne, surtout par le retard à proclamer lenouveau roi. Murat demandait avec instance qu’on en finît,pour décider d’abord une question qui n’avait pas cessé dele préoccuper beaucoup, et ensuite pour prévenir une plusgrande altération dans les sentiments des Espagnols. Napo-léon , qui devinait parfaitement les motifs personnels de sonbeau-frère, et qui ne pouvait pas faire arriver plus tôt la ré-ponse qu’il attendait de Naples, lui avait écrit de la manièrela plus dure; et Murat agité de mille soucis, de mille espé-rances , tour à tour conçues ou abandonnées, bourrelé par lesreproches injustes de Napoléon, avait fini par succomber tantau climat qu’à ses propres émotions. Il avait été atteint d’unefièvre presque mortelle, qui mettait ses jours en péril, et per-