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[Vol. 4.]
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DU LIVRE XXIX.

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moment, et sur un seul point, le voyage forcé de Ferdinand à Bayonne.Le 20 février, il avait vu Murat dans la journée sans lui rien dire, etil lui fit donner l'ordre par le ministre de la guerre de partir, lettre re-çue, pour Bayonne. Il lui traça la marche de l’armée sur Madrid, n’ajoutapas un seul mot relatif à la politique, et lui défendit même de l’inter-roger. Le comte Lobau, M. de Tournon, envoyés comme observateurs,n’eurent pas une seule confidence. Et enfin, quand la révolution d’Aran-juez fut accomplie, l’Espagne se trouvant sans roi, car Charles IV avaitabdiqué, et Ferdinand VII n’était, pas reconnu, Napoléon envoya le gé-néral Savary avec une partie du secret, celle qui consistait à amener àBayonne le père et le fils, de gré ou de force. Encore le même jourM. de Tournon partait-il de Paris avec une instruction toute contraire,publiée depuis à Sainte-Hélène, nullement apocryphe, bien réelle, etqui contredisait tout ce que Murat et le général Savary avaient ordre defaire, tout ce qu’ils ont fait effectivement. Se figure-t-on quelle difficultéce doit être de découvrir, à travers toutes ces contradictions, à traverstoutes ces dissimulations calculées, la vérité historique, et combiencette découverte, déjà si difficile quand on a eu les vrais documents,devient impossible quand on ne les a pas eus tous?

Je vais dire maintenant comment je suis arrivé à la vérité. En compa-rant entre eux tous les ordres donnés, non pas seulement aux agentsde confiance, mais aux agents qui n’étaient que des instruments, encomparant les ordres politiques avec les ordres militaires, et non-seu-lement avec les ordres militaires, mais avec les ordres financiers même,en comparant ceux qui ont été donnés avec ceux qui ont été exécutés,et avec quelques demi-confidences faites au moment décisif, où il fal-lait enfin dire ce qu’on voulait pour être obéi, je suis parvenu avecbeaucoup de patience à démêler la vérité, mais après des années deréflexions : et je dis des années, car il y a un point sur lequel je n’ai étéfixé qu’après trois ans de recherches.

A présent que j’ai fait connaître la difficulté, je vais dire à quellesconclusions je suis parvenu, et comment j’y suis parvenu.

Que Napoléon ait de bonne heure conçu l’idée systématique de ren-verser les Bourbons dans toute l’Europe, cela est incontestable. Maiscette idée elle-même n’a commencé à naître dans son esprit qu'on 1806,après la trahison de la cour de Naples, et après le détrônement de cettecour prononcé au lendemain d’Austerlitz. Depuis, l’incapacité, l’avilis-sement sans cesse croissant de la cour d’Espagne, ses trahisons secrè-tes qu’on entrevoyait sans les connaître tout à fait, enfin la fameuseproclamation par laquelle le prince de la Paix appelait, la veille de labataille d’Iéna, toute la nation espagnole aux armes, confirmèrent Na-poléon dans l’idée qu’il fallait faire subir aux Bourbons d’Espagne lemême traitement qu’aux Bourbons de Naples. Mais à quel moment cetteidée, d’abord générale et vague, devint-elle un projet arrêté? Voilà lapremière question. Par quels moyens cette idée, devenue un projet