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[Vol. 4.]
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NOTE DU LIVRE XXX.

(voir page 435.)

La lettre dont je viens de parler, imprimée dans le Mémorial deSainte-Hélène, pour la première fois, si je ne me trompe, reproduitedepuis dans une multitude d’ouvrages, a été, de ma part, le sujet denombreuses recherches pour en constater l’authenticité, sur laquellej’ai souvent eu des doutes. Je vais dire quels ont été mes motifs de con-tester d’abord cette authenticité, et mes motifs définitifs d’y croire,après de minutieux rapprochements qui m’ont permis de me faire à cesujet une conviction entière.

Il faut d’abord commencer par citer la lettre textuellement :

«29 mars 1808.

» Monsieur le grand-duc de Berg, je' crains que vous ne me trom-piez sur la situation de l’Espagne, et que vous ne vous trompiez vous-même. L’affaire du 19 mars a singulièrement compliqué les événe-ments : je reste dans une grande perplexité. Ne croyez pas que vousattaquiez une nation désarmée, et que vous n’ayez que des troupesà montrer pour soumettre l’Espagne. La révolution du 20 marsprouve qu’il y a de l’énergie chez les Espagnols. Vous avez affaireà un peuple neuf; il a tout le courage, et il aura tout l’enthousiasmeque l’on rencontre chez des hommes que n’ont point usés les passionspolitiques.

» L’aristocratie et le clergé sont les maîtres de l’Espagne ; s’ils crai-gnent pour leurs privilèges et pour leur existence, ils feront contre nousdes levées en masse qui pourront éterniser la guerre. J’ai des partisans ;si je me présente en conquérant, je n'en aurai plus.

» Le prince de la Paix est détesté, parce qu’on l’accuse d’avoir livrél’Espagne à la France; voilà le grief qui a servi l’usurpation de Ferdi-nand; le parti populaire est le plus faible.

» Le prince des Asturies n’a aucune des qualités qui sont nécessairesau chef d’une nation ; cela n’empêchera point que, pour nous l’opposer,on n’en fasse un héros. Je ne veux pas qu’on use de violence envers lespersonnages de cette famille : il n’est jamais utile de se rendre odieuxet d’enflammer les haines. L’Espagne a plus de cent mille hommes sousles armes, c’est plus qu’il n’en faut pour soutenir avec avantage une