DU LIVRE XXX.
537
trefois. Vous ferez en sorte que les Espagnols ne puissent pas soupçon-ner le parti que je prendrai : cela ne vous sera pas difficile, je n’en saisrien moi-même.
» Vous ferez entendre à la noblesse et au clergé que, si la Francedoit intervenir dans les affaires d’Espagne, leurs privilèges et leursimmunités seront respectés. Vous leur direz que l’Empereur désire leperfectionnement des institutions politiques de l’Espagne, pour la mettreen rapport avec l’état de civilisation de l’Europe, pour la soustraire au
régime des favoris. Vous direz aux magistrats et aux bourgeois des
villes, aux gens éclairés, que l’Espagne a besoin de recréer la machinede son gouvernement ; qu’il lui faut des lois qui garantissent les citoyensde l’arbitraire et des usurpations de la féodalité, des institutions quiraniment l’industrie, l’agriculture et les arts. Vous leur peindrez l’étatde tranquillité et d’aisance dont jouit la France, malgré les guerres oùelle s’est trouvée engagée, la splendeur de la religion, qui doit son ré-tablissement au concordat que j'ai signé avec le Pape. Vous leur dé-montrerez les avantages qu’ils peuvent tirer d’une régénération poli-tique : l’ordre et la paix dans l’intérieur, la considération et la puissanceà l’extérieur. Tel doit être l’esprit de vos discours et de vos écrits. Nebrusquez aucune démarche. Je puis attendre à Bayonne, je puis passerles Pyrénées, et, me fortifiant vers le Portugal, aller conduire la guerrede ce cêté.
» Je songerai à vos intérêts particuliers, n’y songez pas vous-même...Le Portugal restera à ma disposition... Qu’aucun projet personnel nevous occupe et ne dirige votre conduite; cela me nuirait et vous nuiraitencore plus qu’à moi. Vous allez trop vite dans vos instructions du 14.La marche que vous prescrivez au général Dupont est trop rapide ; àcause de l’événement du 19 mars, il y a des changements à faire. Vousdonnerez de nouvelles dispositions; vous recevrez des instructions demon ministre des affaires étrangères. J’ordonne que la ciscipline soitmaintenue de la manière la plus sévère : point de grâce pour les pluspetites fautes. L’on aura pour l’habitant les plus grands égards; l’onrespectera principalement les églises et les couvents.
» L’armée évitera toute rencontre, soit avec les corps de l’armée espa-gnole, soit avec des détachements; il ne faut pas que d'aucun côté ilsoit brûlé une amore.
» Laissez Solano dépasser Badajoz, faites-le observer, donnez vous-même l’indication des marches de mon armée pour la tenir toujours àune distance de plusieurs lieues des corps espagnols. Si la guerre s’allu-mait , tout serait perdu.
» C’est à la politique et aux négociations qu'il appartient de déciderdes destinées de l’Espagne. Je vous recommande d’éviter des explica-tions avec Solano, comme avec les autres généraux et les gouverneursespagnols.
» Vous m’enverrez deux estafettes par jour ; en cas d’événements ma-