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[Vol. 4.]
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NOTE

jeurs, vous m’expédierez des officiers d’ordonnance ; vous me renverrezsur-le-champ le chambellan de Tournon, qui vous porte cette dépêche ;vous lui remettrez un rapport détaillé. Sur ce, etc.

» Signé Napoléon. »

Avant de parler de l’authenticité de cette lettre, je dois dire un motde la portée qu’on cherche à lui donner. On veut y voir la preuve queNapoléon n’approuva rien de ce qui fut fait en Espagne, que tout futfait à son insu, malgré lui, par l’imprudente légèreté de Murat, par sonimpatiente ambition. C’est une très-fausse induction, car la veille dujour où cette lettre fut écrite, le lendemain, et pendant tout le temps quisuivit, Napoléon écrivit une longue suite de lettres ordonnant point parpoint, à Murat, tout ce qui fut exécuté; et quand celui-ci, inspiré parles événements, prit quelque chose sur lui, il se trouva que Napoléonlui ordonnait les mêmes choses de Paris ou de Bayonne. Si, par exem-ple, Murat entra dans Madrid le 23, il avait l’ordre formel d’y entrer unou deux jours avant. On tire donc de cette lettre une fausse inductionquand on veut en profiter pour exonérer Napoléon de la responsabilitédes événements d’Espagne et rejeter cette responsabilité sur Murat. Ellen’est et ne peut être qu’une inconséquence d’un moment, placée au mi-lieu de la conduite la plus soutenue, la plus obstinément persévérante :inconséquence, il est vrai, pleine de génie, car on ne peut pas prévoird’une manière plus extraordinaire ce qui arriva depuis ; mais inconsé-quence enfin, car pour un moment Napoléon cessa de vouloir ce qu’ilvoulait la veille, ce qu’il voulut encore le lendemain, et put paraîtreéclairé par une lumière surnaturelle qui lui révélait l’avenir tout entier.Cette inconséquence, d’abord invraisemblable, ne présente donc aucunintérêt pour la justification de Napoléon. Mais elle en présente beaucouppour l’histoire de l’esprit humain; car on se demande avec curiositécomment il se fait qu’un des génies les plus fermes, les plus résolus quiaient paru dans le monde, ait pu dans un court intervalle de temps voirles choses sous la face la plus contraire, et vouloir un tout autre résul-tat que celui qù’H voulait dans l’instant d’auparavant, et que celui qu’ilvoulut dans l’instant d’après. Pourtant, quand on connaît le cœur hu-main , quand on a surtout appris à le connaître dans les grandes affai-res , on ne sait que trop que les plus puissantes volontés sont sujettes àce va-et-vient des événements, et que les plus grandes résolutions ontsouvent failli n’étre pas prises. Il y a telle victoire restée immortelle quia failli n’étre pas remportée, parce qu’il a tenu à la plus légère circons-tance que la bataille ne fût pas livrée. L’inconséquence est donc très-ordinaire ; car il arrive aux plus grands esprits, aux plus grands carac-tères , de varier avant de se résoudre. La lettre en question notammentprouve d’une manière bien frappante à quel point Napoléon savait voirle côté contraire des résolutions qu’il prenait, et de quelle extraordinaireprévoyance il était doué, mais de combien peu de poids était cette pré-