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[Vol. 4.]
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Dl) LIVRE XXX.

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voyance quand ses passions l’entraînaient. J’ai donc mis un intérêt phi-losophique en quelque sorte à rechercher ce qu’il fallait penser de l’au-thenticité de celte tettre, et voici par quelles opinions diverses j’ai passéavant de me fixer définitivement pour l’affirmative.

Au premier aspect, la lettre est si admirable de pensée et de langagequ’on ne doute pas qu’elle ne soit de Napoléon lui-même. Lui seul eneffet a écrit de ce ton sur les grandes affaires politiques et militaires.Elle a produit ce même effet sur tous les écrivains qui se sont occupésjusqu’ici de Napoléon. Mais ces écrivains, ne connaissant rien ou,pres-que rien des vrais documents, n’ont pu comme moi être frappés descontradictions qu’elle présente avec d’autres données historiques tout àfait certaines, et n’ont pas même pris la peine de mettre en questionson authenticité. Pour moi cependant il y a eu des raisons de douter decette authenticité tellement graves, que je ne sais pas si aux yeux desvrais critiques je parviendrai à les détruire.

Ainsi d’abord cette lettre est en contradiction formelle avec tout cequi précède et tout ce qui suit. Les uns l'ont datée du 27, les autres du29 mars (la vraie date, comme on le verra, ne peut être que du 29).Eh bien, il y a du 27, il y a du 30, des lettres de Napoléon qui disentexactement le contraire, c’est-à-dire qui approuvent Murat en tout, quinon-seulement approuvent, mais qui prescrivent l’entrée dans Madrid,qui prescrivent le plan au moyen duquel on s’empara de toute la familled’Espagne. C’est enfin la seule lettre de ce genre, dans une immensecorrespondance, qui soit en opposition avec la conduite suivie par Mu-rat et ordonnée par Napoléon.

Secondement, tandis que toutes les lettres de Napoléon se trouventau dépôt duLouvre, celle-là ne s’y trouve pas. Il est vrai que cette preuven’est pas absolue, car sur 40 mille lettres de l’Empereur, il y en a çà etlà quelques-unes qui n’y sont pas, et la lettre dont il s’agit pourrait bienêtre du nombre, infiniment petit, de celles dont la minute n’a pas étéconservée. Il n’y en a peut-être pas 100 sur 40,000 dans ce cas. Il y aplus encore : une lettre de l’Empereur, dont voici un extrait, énumèretoutes les lettres qu’il a écrites dans ces journées, et ne mentionne pointcelle dontfil s’agit. Arrivé à Bordeaux, et rappelant l’une après l’autreles lettres qu’il a successivement adressées à Murat, il lui dit : « Je reçoisvotre lettre du 5 à minuit, par laquelle je vois que vous avez reçu malettre du 27 mars. Celle du 50 et Savary qui doit vous être arrivé, vousauront fait connaître encore mieux mes intentions. Le général Reille part

à l’instant pour se rendre près de vous .» Ainsi pas un mot de la lettre

du 29. Comment imaginer qu’il ne l’eût pas énumérée si elle avait étéécrite i surtout cette lettre contredisant tout ce qu'il avait ordonné le 27et le 30? II aurait dû au moins le mentionner en déclarant qu’il fallait laconsidérer comme non avenue.

Mais la non-existence de cette minute au Louvre acquiert une signi-fication plus grande par une autre circonstance) qui est la suivante. La