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[Vol. 4.]
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NOTE

correspondance fort volumineuse de Murat, sans laquelle on ne peut pasconnaître et raconter les événements d’Espagne, est tout entière au Lou-vre. Elle contient la réponse la plus exacte, la plus minutieuse, auxmoindres lettres de l’Empereur. On peut dire qu’avec cette correspon-dance on a sur tous les points la demande et la réponse. Or il n’y a pasune seule lettre de Murat en réponse à cette lettre si importante, si grave,si différente de ce qui lui avait été prescrit. Murat, dans cette corres-pondance, paraît sentir avec une vivacité extrême les moindres repro-ches de l’Empereur, et il n’aurait pas dit un mot d’une lettre si grave-ment improbative, si différente surtout de ce qui avait précédé et suivi!Cela est évidemment impossible. On ne peut plus conserver de doutequand on ajoute qu’à la date du 4 avril, onze heures du soir, Murat dit :M. de Tournon est arrivé ce soir; il aura trouvé le logement de VotreMajesté tout fait. Murat n’ajoute pas : Il m’a remis votre lettre.... etc. 11est évident que M. de Tournon ne lui avait rien remis, et surtout riend’aussi grave que la lettre en question. Je crois donc que la lettre ne futpas remise; ce qui ne prouve pas toutefois qu’elle n’eût pas été écrite,comme je vais le démontrer tout à l’heure.

Ainsi la contradiction qu’implique cette lettre avec tout ce qui précèdeet suit, sa non-existence au dépôt du Louvre, le silence de Napoléon,le silence de Murat à son sujet, m’ont fait douter de son authenticité,et m'ont démontré au moins qu’elle n’avait pas été remise.

Maintenant voici comment son authenticité a été rétablie à mes yeux,et comment je suis arrivé à croire qu’elle avait été écrite sans avoir étéremise. Qu’elle soit de Napoléon, je n’en saurais douter; et chaque foisque je l’ai relue, et je l’ai lue vingt fois peut-être, j’en ai ôté persuadédavantage. Les falsificateurs peuvent jouer le style, ils ne savent pasjouer la pensée; et surtout il aurait fallu qu’ils fussent au milieu des évé-nements pour pouvoir, avec autant de précision, parler du départ dugénéral Savary, de la commission donnée à M. de Tournon, et de quan-tité d’autres particularités de la même nature dont cette lettre est rem-plie. Il y a notamment un détail qui lui donne à mes yeux son authen-cité complète, et ce détail est le suivant ; Napoléon dit à Murat : Vousallex trop vite dans vos instructions du <4 au général Dupont. Or, il y a,en effet, des instructions du 14 au général Dupont, qui méritent bien lereproche que leur adresse Napoléon en se plaçant au point de vue oùil se plaçait dans le moment ; car, en portant trop vite le général Duponten avant, Murat laissait les derrières de l’armée en prise aux tentativesdu général espagnol Taranco, rappelé du Portugal par les ordres duprince de la Paix. Les falsificateurs ne pouvaient pas savoir ce détail,qui ne peut être connu que lorsqu’on a lu minutieusement les ordresmilitaires de Napoléon. J’ajoute que ce détail prouve encore que le falsi-ficateur ne pourrait pas être Napoléon lui-même, essayant à Sainte-Hélène de fabriquer une lettre après coup pour se justifier de la plusgrave faute de son règne; car, indépendamment de ce qu'il avait trop