DU LIVRE XXX.
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d'orgueil pour agir ainsi, n’ayant pas même voulu se justifier par lemensonge de la mort du duc d’Enghien, il était impossible qu’il inventâtcette circonstance des ordres du 14, attendu qu’il n’avait pas à Sainte-Hélène les pièces du Louvre; et j’ai la preuve par ce qu’il a écrit à Sainte-Hélène que, sans vouloir mentir, il se trompait sur les dates et sur lesfaits quand il n’avait pas les pièces sous les yeux. Les meilleures mémoi-res sont exposées à ces erreurs, et je l’ai souvent éprouvé en comparantles écrits contemporains avec les correspondances de leurs auteurs.
La lettre, outre son style, porte donc avec elle la preuve de son authen-ticité. Mais comment alors expliquer la contradiction de cette lettre avecce qui précède et ce qui suit, et surtout le silence de Murat, qui n’en ac-cuse pas même réception ? Voici de quelle manière j’ai essayé d’y parvenir.
J’ai trouvé au Louvre la correspondance de M. de Tournon. J’y ai vuque seul de tous les agents français il avait blâmé l’entreprise d’Espagne,et avait supplié Napoléon de suspendre toute résolution à ce sujet avantd’avoir vu lui-mème le pays de ses propres yeux. J’ai lu en outre dansia correspondance de Murat, que lui Murat, le général Grouchy et autresavaient beaucoup ri à Somosierra des sombres terreurs de M. de Tour -non; j’y ai lu de vives instances pour que Napoléon ne prît aucune dé-cision d’après ce que lui dirait M. de Tournon. 11 était donc le contra-dicteur , et le seul, de Murat et de son état-major. J’ai encore trouvéla preuve, dans la correspondance de M. de Tournon, qu’il resta jus-qu’au 24 au soir à Burgos, attendant l’Empereur avec impatience. 11 estauthentiquement prouvé qu’il arriva à Paris quelques jours après. Il neput en marchant fort vite arriver avant le 29 ; ce qui place la lettre enquestion au plus tôt à la date du 29 , puisqu’il y est dit que M. de Tour-non devait la remettre. Arrivé le 29 , il trouva l’Empereur sans nouvel-les; car, Murat n’ayant écrit ni le 22 ni le 23, Napoléon dut passer deuxjours sans dépêches d’Espagne, et ce durent être le 28, le 29 ou le 30,répondant aux 22 et 23, à cause du temps qu’il fallait alors pour le trajetde Madrid à Paris. Aussi n’y a-t-il aucune lettre de l’Empereur, ni le 28ni le 29 (si ce n’est celle en question). M. de Tournon, trouvant l’Em-pereur inquiet comme on l’est toujours lorsqu'on manque de nouvellesdans de graves événements, et les événements étaient graves en effet,car en ce moment il savait Murat aux portes de Madrid et prêt à y en-trer, M. de Tournon dut exercer une grande influence sur son esprit, etprovoquer la lettre dont nous parlons. Napoléon le chargea naturellementde la remettre, car elle était son ouvrage en quelque sorte. Cette phrase :M. de Tournon vous remettra cette lettre, la rattache à M. de Tournon,et les opinions personnelles de celui-ci rendent ce lien plus évident en-core. Puis les dates concordent pour placer justement cette inconsé-quence momentanée de Napoléon avec lui-même dans les deux jours oùil fut sans nouvelles, après en être resté à celle du mouvement de Muratsur Madrid. Enfin, recevant le 30 la lettre du 24, dans laquelle Muratlui apprenait combien tout s’était heureusement passé, il revint à ses