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LIVRE XXXI.
Juillet 1608 . rent que les soldats, exténués de fatigue, de faim, entièrementdécouragés, ne voulaient plus se battre. Le général Dupont,pour s’en assurer lui - même, sortit de sa baraque, parcourutles bivouacs avec ses lieutenants, et chercha à ranimer leRefus courage abattu de ses jeunes gens. De vieux soldats d’Égypte
de se battre ° . OJ ~
de la pan ou de Saint-Domincue, habitués à braver la faim, la soif, la
des soldats 0 ’
exténués, chaleur, n’auraient pas été sourds à sa voix. Mais qu’attendred’enfants de vingt ans, abattus par des chaleurs excessives,n’ayant ni mangé ni bu depuis trente - six heures, se sachantplacés entre deux feux, et réduits à combattre dans la pro-portion d’un contre cinq ou six, avec leur artillerie démontée!Ils se plaignirent à leurs généraux d’avoir été sacrifiés, etquelques-uns même dans leur désespoir jetèrent à terre leursarmes et leurs cartouches. Le général Dupont aurait eu be-soin qu’on remontât son âme, loin d’étre capable de remontercelle des autres ! 11 rentra consterné. Les officiers qui s’étaientle mieux conduits la veille déclarèrent eux-mêmes le cas dé-sespéré, et soutinrent qu’on pouvait traiter honorablementaprès avoir si vaillamment combattu. Ils oubliaient que ledernier acte efface toujours les précédents, et que c’est surle dernier qu’on est jugé. Dans une autre situation, sans legénéral Vedel à leur gauche, ils eussent été excusables detraiter, car il n’y avait aucune ressource que celle de se faireégorger, bien que ce soit quelquefois une ressource qui réus-sisse. Mais avec le général Vedel à leur gauche, et ayant lachance de le rejoindre par un dernier effort, ils étaient inex-cusables de se rendre avant d’avoir tenté cet effort. L’épuise-ment physique, l’abattement moral pouvaient seuls expliquerune telle faiblesse. D’ailleurs ils se flattaient qu’on se conten-terait de l’évacuation de l’Andalousie, et qu’on les laisseraitse retirer par terre dans le nord de l’Espagne, sans exigerqu’ils livrassent leurs armes. Ils opinèrent donc pour qu’ontraitât avec l’ennemi, au lieu de recommencer un combat àleurs yeux impossible.