BAYLEN.
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nouvelle preuve que le courage moral et le courage physiquesont deux qualités fort differentes.
Ainsi, grave erreur de Napoléon à l’égard de l’Espagne,position militaire mal choisie par le général Dupont, lenteurtrop grande à en changer, bataille mal livrée, faux mouve-ments du général Vedel, démoralisation des généraux et dessoldats, telles furent les causes du cruel revers de Baylen. Toutce qu’on a dit de plus n’est que de la calomnie. La longue filedes bagages', a-t-on répété souvent, amena tous nos malheurs.En supposant qu’un général fût capable du stupide calcul deperdre son honneur, sa carrière militaire, le bâton de maréchalqui lui était réservé, pour quelques centaines de mille francs,somme bien inférieure à ce que Napoléon donnait aux moins bientraités de ses lieutenants, huit ou dix fourgons auraient portétoutes les prétendues richesses de Cordoue en matières d’oret d’argent, et il s’agissait de plusieurs centaines de voitures,dont le mombre excessif avait pour cause évidente la situationmorale du pays, dans lequel on ne pouvait laisser en arrièreni un blessé ni un malade. Enfin, comme on vient de le voir,ces fameux fourgons furent pillés, et, la caisse de l’arméecomprise, on y trouva à peine trois ou quatre cent millefrancs. Tout ce qu’on peut dire, en somme, c’est que le gé-néral Dupont, intelligent, capable, brillant au feu, n’eut pasl’indomptable fermeté de Masséna à Gênes et à Essling. Maisil était malade, blessé, épuisé par quarante degrés de chaleur;ses soldats étaient des enfants, exténués de fatigue et de faim ;les malheurs s’étaient joints aux malheurs, les accidents auxaccidents ; et si l’on sonde profondément tout ce tragique événe-ment, on verra que l’Empereur lui-même, qui mit tant d’hommesdans une si fausse position, ne fut pas ici le moins reprochable.Toutefois il faut ajouter, dans l’intérêt de la moralité militaire,que dans ces situations extrêmes la résolution de mourir estla seule digne, la seule salutaire; car certainement, à l’arrivéedu général Vedel, la résolution de mourir pour percer la di-
Juillet 1808