Band 
[Vol. 5.]
Seite
156
JPEG-Download
 

156

LIVRE XXXI.

Juillet 1808.

Josephprend le partide quitterMadrid.

Conduitedes Espagnolsau momentde la retraitedes Français.

avait à prendre, et il le consulta avec beaucoup plus de défé-rence que de coutume. Le général Savary, qui n’était pas fai-ble, mais qui voyait combien ce malheureux monarque étaitincapable de se soutenir à Madrid avec vingt mille hommes,crut plus prudent de l’en laisser sortir, et il lui donna mêmele conseil de se retirer au plus tôt.—Et que dira l’Empereur?demanda cependant Joseph avec inquiétude. — L’Empereurgrondera, repartit le général Savary ; mais ses colères, vousle savez, sont bruyantes, et ne tuent pas. Lui, sans doute,tiendrait ici ; mais ce qui est possible à lui ne l’est pas à d’autres.C’est assez d’un désastre comme celui de Baylen, n’en ayonspas un second. Quand on sera sur l’Èbre, bien concentré, bienétabli, et en mesure de reprendre l’offensive, l’Empereur enprendra son parti, et vous enverra les secours nécessaires. —

Le roi Joseph ne se fit pas répéter une seconde fois ce con-seil par le général Savary, et il donna des ordres pour la re-traite de Madrid. Mail il y avait à Madrid plus de trois millemalades et blessés, un immense matériel de guerre accumulédans le Buen-Retiro, dont on avait commencé à faire une for-teresse. Il fallait donc du temps et de grands efforts pour éva-cuer tant d’hommes et de matériel. On l’entreprit sans délai.Malheureusement la mauvaise volonté des habitants ajoutaitencore à la difficulté de l’opération. Le bruit de la retraite desFrançais s’était bientôt répandu à l’aspect de leurs préparatifs,et les Espagnols, transportés de joie, résolus de plus à ren-dre cette retraite désastreuse autant qu’il serait en eux,réunissaient leurs charettes et leurs voitures de tout genre,les formaient en tas, et y mettaient le feu. Ils aimaient mieuxvoir ce matériel détruit qu’utile aux Français. Le transportdes blessés, des malades, des administrations, présenta ainsibeaucoup plus de difficulté, et exigea plusieurs jours avantqu’on pût faire partir les troupes.

Au seul bruit d’une pareille résolution, tout ce qui avaitpris parti un moment pour les Français disparut. Deux des