196
LIVRE XXXII.
Août 1808.Motifs
de Napoléonpour se mon-trer encoreplus irritéqu’il ne l’estvéritable-ment.
Retour
de générositéchez Napoléonà l’égarddu généralDupont.
dit-il en parlant de lui et des autres généraux ; il sera lavédans leur sang. — Il ordonna donc que dès leur retour enFrance, le général Dupont et ses lieutenants fussent arrêtés,et livrés à la haute cour impériale. Du reste sa colère, sincèreeu grande partie, était feinte aussi à un certain degré. Il vou-lait expliquer autour de lui les mécomptes éprouvés en Es-pagne, en attribuant à un général, à ses fautes, à ses préten-dues lâchetés et forfaitures, la tournure imprévue des événe-ments. Et bientôt la bassesse des courtisans, se ployant à savolonté, se déchaîna en jugements implacables à l’égard dugénéral Dupont. Ce malheureux général avait été, comme onl’a vu, mal inspiré, atterré par un concours de circonstancesaccablantes ; et tout à coup on faisait de lui un lâche, unpillard digne du dernier supplice. Au surplus, ces indignitésse renfermaient encore dans l’intérieur de l’état-major im-périal; car Napoléon, retenant autant qu’il pouvait l’essor dela renommée, avait défendu de rien publier à l’égard del’Espagne, et, afin qu’on ne soupçonnât pas toute l’étendue desdifficultés qu’il venait de se mettre sur les bras, il avait appli-qué cette défense aussi bien à la victoire de Rio-Seco qu’à lacapitulation de Baylen. Le maréchal Bessières , enveloppédans cette catastrophe, vit le plus beau fait de sa vie militairecouvert du même voile qui couvrait le désastre du généralDupont. Mais la presse anglaise était là pour faire prompte-ment arriver, non pas jusqu’aux masses, mais jusqu’auxclasses éclairées, la connaissance des revers de nos arméesen Espagne. Bientôt, au surplus, le déchaînement contre legénéral Dupont, parce qu’il avait succombé, devint tel autourde Napoléon, que, la générosité se réveillant chez lui après lecalcul, il s’écria plusieurs fois : L’infortuné 1 quelle chute aprèsAlbeck, Halle, Friedland! Voilà la guerre! Un jour, un seuljour suffit pour ternir toute une carrière! — Et se contre-disant ainsi lui-même, il se prenait à dire que Dupont n’avaitété que malheureux, et son génie, découvrant les dures con-