202
LIVRE XXXII.
Août 1806. aucune des puissances ennemies de la France. On venaitd’acheter 14 mille chevaux d’artillerie, de commander unmillion de fusils d’infanterie. Tandis que sur l’Inn on déman-telait Braunau, vingt mille ouvriers en Hongrie étaient occupésaux fortifications de Comorn, travaux qui prouvaient qu’onvoulait faire une guerre longue et opiniâtre, et, battu à lafrontière, se retirer dans l’intérieur de la monarchie, pour s’ydéfendre avec acharnement. Déjà même on formait des ras-semblements de troupes, qui avaient quelque apparence decorps d’armée, vers la Bohême et la Gallicie, sans doute poury tenir tête aux forces françaises sur la Vistule et l’Oder,
L’émotion de la cour s’était peu à peu communiquée àtoutes les classes de la population, et tandis qu’aux eaux deTœplitz, de Carlsbad, et de toute l’Allemagne, on affectait vis-à-vis des Français une attitude arrogante qu’on n’avait pasl’habitude de prendre avec eux, dans les rues de Vienne lepeuple menaçait les gens du général Andréossy, à Trieste lepeuple avait insulté le consul de France, et en Istrie, sur lesroutes militaires qui nous avaient été concédées, on assassinaitnos courriers. L'Allemagne, humiliée par nos triomphes, fou-lée par nos armées, commençait à frémir de colère et d’espé-rance. Les événements d’Espagne, en l’indignant et en l’en-courageant tout à la fois, avaient été pour elle l’occasion defaire éclater ses secrets sentimens.
Quoique Napoléon, appuyé sur la Russie, n’eût rien àcraindre du continent, cependant c’était une détermination sigrave que de transporter une partie de la grande arméede la Vistule sur l’Èbre ; ce déplacement de ses forces,du Nord au Midi, pouvait tellement enhardir ses ennemis,qu’il voulait auparavant forcer l’Autriche à s’expliquer, etsavoir au juste ce qu’il en devait penser. Si elle voulait laguerre, il aimait mieux la lui faire immédiatement, sauf àajourner la répression de l’insurrection espagnole, la lui faireavec toutes ses forces, de manière à se passer même du con-