Band 
[Vol. 5.]
Seite
259
JPEG-Download
 

ERFURT.

259

M. de Champagny avait beau répondre qu’il s’agissait d’un Octob - 1805délai de quelques semaines seulement, qu’on allait envoyerdes courriers à Londres, que la réponse ne saurait se faireattendre, que dans le cas où. l’Angleterre accéderait à l’ouver-ture d’une négociation, on verrait bientôt si la base de Yutipossidetis était acceptée ou ne l’était pas; que si elle l’était, ilvaudrait la peine de patienter un peu pour obtenir de la sortesans recourir à la guerre les belles acquisitions projetées ; quesi, au contraire, elle n’était pas acceptée, on pourrait sur-le-champ commencer à Constantinople les pourparlers qui de-vaient être suivis, pacifiquement ou militairement, de l’acqui-sition des bords si désirés du Danube. De toutes ces raisons,le ministre russe n’en voulait admettre aucune. — Toujoursdes délais! répétait-il, avec une sorte d’accent douloureux.

On n’aura donc que des délais à nous imposer, quand on nes’en impose aucun ni à Madrid, ni à Rome! Encore si c’étaitun délai fixe, déterminé, à la suite duquel toute incertitudedût cesser, soit. Mais on nous force de patienter jusqu’aumoment où la négociation ne présentera plus d’espérancefondée de s’entendre. Or, il y a des négociations qui ont durédes années. Il nous faudra continuer pendant des années àrester dans l’état d’armistice avec les Turcs! —

M. de Champagny fut frappé de l’ardeur, de l’impatience dece vieux ministre, dominé par une de ces passions violentesqui s’emparent quelquefois des vieillards, et leur ôtent toutela gravité de leur âge, sans leur donner l’attrayante vivacitéde la jeunesse 11 était évident aussi qu’une certaine défiance

1 Voici comment M. de Champagny s'en explique avec l'Empereur :

«Erfurt, le 6 octobre 1808.

» Traitant cette question avec toute la bonne foi possible, bien persuadé«lue le délai demandé, celui qui subordonne toute démarche pour l'obtentiondes deux provinces h l'issue de la négociation avec l’Angleterre, est autantdans les intérêts de la Russie que dans ceux de la France, j'espérais éteindrele sentiment de défiance qu’annonçait la réponse de M. de Romanzoff ; mais

17 *