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[Vol. 5.]
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LIVRE XXXII.

Octob. 1808. mande. Goethe et Wieland s’y trouvaient. Napoléon laissacette société pour aller dans le coin d’un salon converser lon-guement avec les deux célèbres écrivains de l’Allemagne. 11leur parla du christianisme, de Tacite, de cet historien, l’effroides tyrans, dont il prononçait le nom sans peur, disait-il en sou-riant; soutint que Tacite avait chargé un peu le sombre tableaude son temps, et qu’il n’était pas un peintre assez simplepour être tout à fait vrai. Puis il passa à la littérature moderne,la compara à l’ancienne, se montra toujours le même, en faitd’art comme en fait de politique, partisan de la règle, de labeauté ordonnée, et, à propos du drame imité de Shakespeare,qui mêle la tragédie à la comédie, le terrible au burlesque, ildit à Goethe : Je suis étonné qu’un grand esprit comme vousn’aime pas les genres tranchés ! — Mot profond, que bien peude critiques de nos jours sont capables de comprendre.

Après ce long entretien, où il déploya une grâce infinie, etoù il laissa voir à ces deux hommes de lettres éminents qu’illeur avait sacrifié la plus noble compagnie, Napoléon les quittaflattés comme ils devaient l’être d’une si haute marque d’atten-tion. C’est à l’entrevue d’Erfurt qu’ils durent d’étre décorésde l’ordre de la Légion-d’Honneur, distinction qu’ils méritaientà tous les titres, et qui, accordée à de tels personnages, neperdait rien de son éclat.

Le lendemain, une nouvelle fête lui fut offerte sur le champFête même de la bataille d’Iéna, entre Erfurt et Iéna. Il y avait un

sur le champ

d d’îéBa üc te ^ ^sir de plaire à Napoléon, que peut-être oubliait-on sapropre dignité en s’appliquant à rappeler soi-même une desplus terribles batailles gagnées par la France sur l’Allemagne.Un pavillon était dressé sur ce mont du Landgrafenberg, oùNapoléon avait bivouaqué dans la nuit du 13 au 14 octobre,deux ans auparavant, car on touchait presque à l’anniversairede la mémorable bataille d’Iéna. Un plan de cette bataille étaitplacé dans le pavillon qui devait recevoir Napoléon. Un repasdu matin y était servi, et, après mille souvenirs consacrés à