ERFURT.
265
Les deux souverains, cherchant ainsi à se plaire l’un à Octob. isos.l’autre, et chaque jour plus satisfaits de l’accord de leurs vues, ouverturessauf quelques difficultés de détail, avaient cependant une der- rel ™ V proj£t ànière ouverture à se faire, dont Napoléon ne voulait pas de*Nâpo*lonprendre l’initiative. Il s agissait aune alliance de famille qui d’Alexandre,aurait rendu leur alliance politique, sinon plus solide, aumoins plus éclatante, d’un mariage enfin qui aurait uni àNapoléon une sœur de l’empereur Alexandre. Napoléon avaitsongé plus d’une fois à répudier Joséphine, pour épouser uneprincesse qui pût lui donner un héritier, et il avait toujoursété arrêté dans ce dessein par l’affection qui l’attachait à lacompagne de sa jeunesse, et par l’embarras de se fixer surun choix. Toutefois il revenait sans cesse à ce projet, et c’étaitle cas plus que jamais de s’en occuper, puisqu’il avait auprèsde lui le souverain sur l’alliance duquel il voulait fonder sapolitique, souverain qui était presque de son âge, et qui avaitdes sœurs à marier dont on vantait les qualités. Si Napoléonen arrivait à une pareille union, se disait-il à lui-même, on lecroirait définitivement maître de la cour de Russie, on trem-blerait, et on ferait la paix. Cependant, quoiqu’il vécût soir etmatin à côté d’Alexandre, et qu’ils en fussent venus aux con-fidences les plus intimes, jamais Alexandre n’avait abordé unsujet qui l’intéressait si vivement. Napoléon, dans sa gran-deur, croyant honorer tous ceux auxquels il s’allierait, étaittrop fier pour faire la première ouverture sans être assuré deréussir. Chaque jour lui et Alexandre s’entretenaient de leurunion, que rien, disaient-ils, ne saurait troubler, car leursintérêts étaient les mêmes, car leur puissance ne devait donnerd’ombrage qu’à l’Angleterre qu’ils pressaient l’un et l’autresur mer, ou à l’Autriche qu’ils pressaient, l’un sur l’Izonzo,l’autre sur le Danube, et ils ne pouvaient trouver d’ennemique dans l’une des deux, ou toutes deux. Ils avaient donctoutes les raisons politiques d’être intimement unis. Ils avaientdes raisons personnelles aussi, puisqu’ils s’étaient vus, appré-