266
LIVRE XXXII.
Octob. iec8. ciés, qu’ils étaient devenus chers l’un à l’autre, qu’ils se con-venaient de tous points, par les vues et par les goûts, qu’ilsétaient jeunes, qu’ils avaient encore un immense avenir devanteux, et que les projets même qu’ils ajournaient sur l’Orient,ils auraient le temps d’y mettre la main un jour! — Romanzoffest vieux, disait Napoléon à Alexandre, il est impatient dejouir. Mais vous êtes jeune, vous pouvez attendre! — Roman-zoff est un Russe du temps passé, répondait Alexandre ; il ades passions que je n’ai point. Je veux civiliser mon empirebien plus que l’agrandir. Je désire les provinces du Danubepour ma nation beaucoup plus que pour moi. Je saurai at-tendre les autres arrangements territoriaux nécessaires à monempire. Mais vous, ajoutait-il à Napoléon, il faut aussi quevous jouissiez des grandes choses que vous avez accomplies ;que vous cessiez enfin d’exposer votre tète précieuse auxboulets. N’avez-vous pas assez de gloire, assez de puissance?Alexandre, César en eurent-ils davantage? Jouissez, soyezheureux, et remettons à l’avenir le reste de nos projets. — Aces professions de désintéressement, Napoléon répondait pardes protestations d’amour pour la paix et le repos. Alexandresemblait ne plus aimer Constantinople, et Napoléon semblaitavoir pris en dégoût la guerre, les batailles, les conquêtes.des'deiK - 'L es deux princes, se promenant seuls autour d’Erfurt, à quel-empereurs f , ae distance de leurs officiers, se livraient aiusi à d’intimesà uBe"c«taine confidences, dans lesquelles Alexandre allait jusqu’à parlerihmte. seg a ff ec ti ons les plus secrètes. Plus d’une fois on s’étaitPourquoi dit qu’il était bien fâcheux que Napoléon n’eût pas de fils, et^n’ose pas en approchant si près du but où Napoléon aurait voulu con-duire Alexandre, ou n’y avait cependant point touché. Lejeune czar s’était arrêté, bien qu’il ne pût ignorer les propostenus après Tilsit, tant à Paris qu’à Saint-Pétersbourg, sur unprojet de mariage entre Napoléon et la grande-duchesse Ca-therine, sœur aînée d’Alexandre. Si Alexandre avait observécette réserve, ce n’était pas que, dans son engouement actuel