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LIVRE XXXIII.

Janv. 1809.

Mécontente-

ment

des Espagnolsà l'égarddes Anglais.

Indisciplineet désorgani-sationde l’arméebritanniquedans saretraite.

coups de sabre, des Anglais ne pouvant plus marcher, et laplupart ivres, une immensité de charrois traînés par desboeufs, et chargés ou de guenilles espagnoles, ou du richematériel des Anglais. Il y avait là de nombreuses captures àfaire; mais un spectacle pénible frappait plus que tout lereste nos soldais, c’était celui d’une quantité considérable debeaux chevaux, morts de coups de feu sur la route. LesAnglais, dès que leurs chevaux étaient fatigués, s’arrêtaient,leur tiraient un coup de pistolet dans la tête, et puis s’euallaient à pied. Ils aimaient mieux tuer leur compagnon deguerre que d’en laisser l’usage à l’ennemi. On n’eût jamaisobtenu de nos cavaliers ce genre de courage. Toutes les habi-tations étaient dévastées sur la route. Les Anglais ne trou-vant par les habitants disposés à leur donner ce qu’ilsavaient, et les appelant des ingrats, pillaient, brûlaientensuite leurs maisons, et souvent expiraient eux-mêmes,ivres de vin d’Espagne, au milieu des incendies qu’ils avaientallumés. — Nous, des ingrats, répondaient les malheureuxEspagnols! ils sont venus pour eux, et ils partent sans mêmenous défendre! — Les Espagnols en étaient arrivés à ce point,qu’ils regardaient presque nos soldats comme des libérateurs.

A Astorga ce spectacle paraissait encore plus attristantqu’ailleurs. Le matériel abandonné par les Anglais était im-mense. Le nombre de leurs malades, de leurs traînards,s’était accru en proportion des distances parcourues. Une pro-clamation ferme et honnête du général Moore, pour leur inter-dire la maraude, le pillage, l’ivrognerie, n’avait produitaucun résultat; car cette armée, qui ne se soutient que parla discipline, en la perdant par la fatigue et la précipation,perdait tout ce qui la rend respectable. Après la satisfactionqu’on aurait eue à la faire prisonnière , on ne pouvait pas engoûter une plus vive que de la voir passée de tant de régula-rité et d’aplomb, à tant de désordre, d’abattement, de misèreet de mauvaise conduite.