420
LIVRE XXXIII.
Janv. 1809.
Combat
d’arrière-
garde
à'Pietros.
Mort
du généralColbert.
et donner à tout ce qui marchait avec lui un peu de repos, ilrésolut de livrer un combat d’arrière-garde à Pietros, en avantde Villafranca, dans une position militaire assez belle, et oùl’on pouvait se défendre avantageusement.
La route, après avoir franchi un défilé fort étroit, descendaitdans une plaine ouverte, passait à travers le village de Pietros,puis remontait sur une hauteur plantée de vignes, dont le gé-néral Moore avait fait choix pour y établir solidement 3 millefantassins, 600 chevaux, et une nombreuse artillerie.
Le général Merle avec sa belle division, le général Colbertavec sa cavalerie légère, abordèrent le premier défilé, l’infan-terie en avant, pour vaincre les résistances qu’on pourrait leuropposer. Mais les Anglais étaient au delà, à la seconde posi-tion, au bout de la plaine. Nous passâmes sans obstacle, et lacavalerie, prenant la tête de la colonne, s’élança au galopdans la plaine. Elle y trouva une multitude de tirailleursanglais, et fut obligée d’attendre l’infanterie qui, arrivant bien-tôt, se dispersa de son côté en troupes de tirailleurs pour re-pousser l’ennemi. Le général Colbert, impatient d’amener lestroupes en ligne, était occupé à placer lui-même quelquescompagnies de voltigeurs, lorsqu’il reçut une balle au front,et expira, en exprimant de touchants regrets d’être enlevésitôt, non à la vie, mais à la belle carrière qui s’ouvrait de-vant lui.
Le général Merle, ayant débouché dans la plaine avec soninfanterie, traversa le village de Pietros, puis assaillit la po-sition des Anglais, au moyen d’une forte colonne qui lesaborda de front, tandis qu’une nuée de tirailleurs, se glissantdans les vignes, s’efforcaient de déborder leur droite. Aprèsune fusillade assez vive les Anglais se retirèrent, nous aban-donnant quelques morts, quelques blessés, quelques prisonniers.Ce combat d’arrière-garde nous coûta une cinquantaine deblessés ou de morts, et surtout le général Colbert, officier duplus haut mérite. L’obscurité ne nous permit pas de pousser