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LIVRE XXXIV.
janv. 1809. ne fût mécontent. On avait perdu à cette époque, au milieudu calme de l’Empire, la connaissance de l’opinion publiqueet de ses brusques revirements; on croyait qu’un gouverne-ment pouvait la diriger à volonté, et on avait à cet égard unefoi puérile dans l’influence de la police, parce qu’elle avaitune autorité absolue sur les journaux. Napoléon se plaignitde ce qu’on avait laissé les esprits s’égarer sur les événementsdu jour, de ce qu’on avait laissé interpréter sa dernière cam-pagne, toute marquée par des succès, comme une campagneféconde en revers; lança plusieurs traits acérés contre ceuxqui avaient parlé et agi comme en présence d’une successiondéjà ouverte, comme en présence d’un règne près de finir. Ilse plaignit surtout avec une extrême amertume de ceux qui,pour le désavouer, ne craignaient pas de se désavouer eux-mémes; enfin 11e se contenant plus, parcourant à grands pasla salle du conseil, et s’adressant à M. de Talleyrand, qui étaitimmobile, debout, adossé à une cheminée, il lui dit en gesti-culant de la manière la plus vive : — Et vous osez prétendre,Monsieur, que vous avez été étranger à la mort du duc d’En-ghien ! Et vous osez prétendre que vous avez été étranger àla guerre d’Espagne! — Étranger, répétait Napoléon, à lamort du duc d’Enghien! mais oubliez-vous donc que vous mel’avez conseillée par écrit? Étranger à la guerre d’Espagne!mais oubliez-vous donc que vous m’avez conseillé dans voslettres de recommencer la politique de Louis XIV? oubliez-vous que vous avez été l’intermédiaire de toutes les négo-ciations qui ont abouti à la guerre actuelle? — Puis passantet repassant devant M. de Talleyrand, lui adressant chaquefois les paroles les plus blessantes, accompagnées de gestesmenaçants, il glaça d’effroi tous les assistants, et laissa ceuxqui l’aimaient pleins de douleur de voir abaissée dans cettescène la double dignité du trône et du génie 1 . Napoléon con-
1 Le véridique et honnête duc de Gaëte, te'moin oculaire de cette scèneme l’a racontée avec les moindres détail» quelques jours avant sa mort.