RATISBONNE.
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Dans une telle disposition cette guerre de la France avecl’Autriche devait être pour Alexandre la circonstance la plusinopportune et la plus inquiétante, car elle allait rendre plusdifficile la conquête des provinces turques, exiger un effortcoûteux s’il fallait aider Napoléon par l’envoi d’une armée enGallicie, ajouter une nouvelle guerre aux quatre qu’on avaitdéjà, contre les Suédois, les Anglais, les Persans, les Turcs.Cette guerre allait en outre placer la Russie en contradictionencore plus choquante avec ses antécédents, car elle pouvaitl’exposer à combattre, dans les champs d’Austerlitz, pour lesFrançais contre les Autrichiens, et fournir de nouveaux griefsà l’aristocratie russe qui blâmait l’intimité avec la France.Enfin, heureuse ou malheureuse, elle devait amener un ré-sultat également fâcheux : car heureuse, elle pouvait inspirerà Napoléon la funeste pensée de détruire l’Autriche, et desupprimer ainsi toute puissance intermédiaire entre le Rhinet le Niémen; malheureuse, elle devait rendre ridicule, dan-gereuse, et infructueuse au moins, l’alliance contractée avecla France, au grand scandale de toute la vieille Europe. Iln’y a pas de pire position que celle de ne pouvoir souhaiterni le succès ni l’insuccès d’une guerre, et ce qu’on a de mieux
Janv. 1809.
Déplaisirque causeà l’empereurAlexandreune nouvelleguerre
de la Franceavec
l’Autriche.
Résolutionadoptée parAlexandrede tout fairepour
empêchercette guerre.
se sont trompés autant que ceux qui Vont représenté comme toujours sincère.11 fut sincère tant que durèrent son engouement et la fortune prodigieuse deNapoléon. Il le fut moins quand à la conquête de l’empire turc succéda dansses rêves la conquête de la Yalacbie et de la Moldavie, quand surtout Na-poléon lui apparut moins irrésistible et moins constamment heureux. Le cal-cul remplaça alors l’enthousiasme, pour faire place plus tard à un sentimentpire encore. Mais, il faut l’avouer, Napoléon s’était attiré ce changement,et il est difficile de prononcer une condamnation morale contre l’un ou contrel’autre. Les entretiens secrets d’Alexandre avec M. de Cauiaincourt, quecelui-ci mettait une scrupuleuse exactitude à rapporter, révèlent ces chan-gements successifs avec une vérité frappante, même à travers toutes lesflatteries dont Alexandre accompagnait ses discours. Le changement se pro-duisait avec une naïveté qui prouve que l'homme le plus fin (et Alexandrel’était beaucoup) a bien de la peine à cacher la vérité. Napoléon lui-même,quoique de loin, ne pouvait pas s’y tromper, et tout prouve en effet qu’ilne s'y trompa guère.