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vaste champ de bataille, et de n’avoir plus que des baïonnetteset des sabres à opposer à l’ennemi. 11 craint aussi, ayant en-gagé toutes ses troupes, et n’ayant plus que la garde à piedet les fusiliers pour couvrir les derrières du maréchal Lannes,d’étre sans ressource contre un retour subit de fortune, retourqui serait désastreux sur le bord de l'abîme auquel on estadossé. Il se résout donc à un sacrifice douloureux, et il re-nonce à une victoire presque certaine pour ne pas s’exposeril des risques que la sagesse ne permet pas de braver. Ceparti si cruel pris en un instant avec la résolution d’un véri-table homme de guerre, Napoléon ordonne à M. deLaville deretourner aussi vite qu’il est venu auprès du maréchal Lannespour lui dire de suspendre son mouvement et de se replierpeu à peu, sans trop enhardir l’ennemi, sur la ligne d’Esslinget d’Aspern. Il lui fait recommander aussi de ménager sesmunitions, qui ne tarderont pas à faire faute ’.
Lannes elBessières, en recevant cet ordre, sont obligés,malgré do vifs regrets, de s’arrêter au milieu de cette immenseplaine du Marchfeld, inondée de feux. L’archiduc, si vivement
1 Dans nne lettre curieuse adressée au maréchal Davout, au milieu de labataille, le major général Berthier écrit que dès dix heures du matin les mu-nitions manquèrent. Nous citons cette lettre, qui donne à la journée sonvrai et sinistre caractère.
Le major général au duc d’Awerstœdt, à Vienne.
«Rive gauche du Danube, à la tête du pont,le 22 mai 1S09, à midi et demi.
» L’interruption du pont nous a empêchés de nous approv isionner. A dixheures nous n’avions plus de munitions; l’ennemi s’en est aperçu, et a re-marché sur nous. 200 bouches à feu, auxquelles depuis dix heures nous nepouvions répondre, nous ont fait beaucoup de mal.
«Dans cette situation de choses, raccommoder les ponts, nous envoyerdes munitions et des vivres, faire surveiller Vienne, est extrêmement impor-tant. Ecrivez au prince de Ponte-Corvo pour qu’il ne s’engage pas dans laBohême, et au général Lauriston pour qu’il soit prêt à se rapprocher denous. Voyez M, Daru pour qu’il nous envoie des effets d’ambulance et desvivres de toute espèce.
«Aussitôt que le pont sera prêt, ou dans la nuit, venez vous aboucheravec 1 Empereur, » Signé : Alexandre.»
Mai 1809.
Retraite de Lan-nés au milieu dela plaine duMarchfeld, sur levillage d’Essling.